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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 16:00
COMMENTAIRE DU NOTRE PÈRE   (Par St Augustin. Sermon 59 à des Catéchumènes)

COMMENTAIRE DU NOTRE PÈRE

 

 

Vous venez de réciter ce que vous devez croire [allusion à la tradition du Symbole de la Foi], vous avez entendu ce que vous devez demander dans la prière.

Vous ne sauriez invoquer celui en qui vous n'auriez pas cru, comme dit l'Apôtre :

"Comment invoqueront-ils celui en qui ils n'ont pas cru ?" (Rm 10,14).

Aussi vous avez d'abord appris le Symbole, qui est la règle de votre foi brève et grande, brève par le nombre des mots, lourde du poids de leur signification.

Quant à la prière que vous avez reçue aujourdhui pour la retenir et la réciter dans huit jours, le Seigneur, comme vous l'avez entendu à la lecture de l'Evangile, l'enseigna lui-même à ses disciples et, par eux, elle est parvenue jusqu'à nous, car "leur voix s'est répandue par tout l'univers"

(Ps 18,5).

Notre Père. Quel père ?

Donc, ne vous attachez pas à ce qui est de la terre, vous qui avez trouvé un père dans les cieux ; car vous direz à l'avenir : 

Notre Père qui es dans les cieux.

Vous allez appartenir à une grande famille.

Devant ce père, le riche et le pauvre sont frères ; devant ce père, le maître et l'esclave sont frères ; devant ce père, le général et le simple soldat sont frères.

Les fidèles chrétiens, tous tant qu'ils sont, ont sur terre des pères de conditions diverses, les uns nobles, les autres sans notoriété, mais ils invoquent un seul père qui est dans les cieux.


Si c'est là qu'est notre père, c'est là que se prépare notre héritage. Or notre père est tel que nous posséderons avec lui ce dont il nous fait largesse.

Il nous donne son héritage, il n'a pas à nous quitter pour que nous lui succédions, mais il demeure pour que nous le rejoignions.

Par conséquent, après avoir appris à qui demander, sachons en outre ce qu'il faut demander, car il ne faudrait pas risquer d'offenser un tel père par de mauvaises demandes.

Que le Nom de Dieu soit en nous sanctifié

Qu'est-ce que le Seigneur Jésus nous apprit à demander au père qui est dans les cieux ? 

Que ton Nom soit sanctifié.

Quel bienfait demandons-nous là à Dieu : que son nom soit sanctifié, puisqu'il est impossible que son nom ne soit pas saint ?

Le nom de Dieu est toujours saint ; pourquoi donc demander qu'il soit sanctifié, sinon pour que nous soyons, nous, sanctifiés par lui ?

Ce nom de Dieu qui est toujours saint, nous demandons que ce soit en nous qu'il soit sanctifié. C'est au moment de votre baptême que sera sanctifié en vous le nom de Dieu.

Et pourquoi ferez-vous encore cette demande, même après avoir été baptisé, si ce n'est pour que demeure en vous le don que vous aurez reçu ?

Que vienne, pour nous aussi, le royaume

Suit une autre demande: 

Que ton royaume arrive.

Que nous le demandions ou que nous ne le demandions pas, le royaume de Dieu viendra.

Pourquoi donc le demander, sinon pour qu'il vienne, pour nous aussi, ce royaume de Dieu qui viendra pour tous les saints, sinon pour que Dieu nous compte, nous aussi, au nombre des saints pour qui viendra son royaume ?

Trois interprétations de la troisième demande

Nous disons dans une troisième demande : 

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Qu'est-ce à dire ?

Comme les anges te servent dans le ciel, que, nous aussi, nous te servions sur la terre.

Or ses saints anges lui obéissent, ne l'offensent pas, exécutent ses ordres en l'aimant.

Par conséquent, nous demandons nous aussi, d'accomplir le commandement de Dieu par amour.


On peut encore comprendre d'une autre manière ces paroles : 

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Le ciel en nous, c'est notre âme, et la terre notre corps.

Que signifie donc : 

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ? 

De même que nous avons entendu tes commandements, de même que notre chair nous donne à son tour son assentiment pour que, dans le temps où luttent la chair et l'esprit, nous n'en puissions pas moins remplir les préceptes de Dieu.

Cependant, très chers, lorsque "la chair convoite contre l'esprit" (Ga 5, 17), comme la terre contre le ciel, que l'esprit à son tour convoite contre la chair, pour que la terre ne renverse pas le ciel.

Et si nous ne pouvons supprimer ce dissentiment, refusons notre assentiment.


On peut encore entendre ces paroles : 

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel,

de la façon suivante : le ciel, ce sont les fidèles qui ont revêtu la ressemblance de l'homme céleste, c'est-à-dire du Christ.

Tandis que les infidèles, puisqu'ils portent la ressemblance de l'homme terrestre, sont appelés terre.

Par conséquent, lorsque nous disons : 

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel,

nous disons à notre bon père :

Que les infidèles aussi croient en toi, comme y ont cru les fidèles. Et ainsi nous apprenons à prier pour nos ennemis.

Trois sortes de pain

Vient ensuite dans la prière : 

Donne-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour.

Soit que nous demandions au père la subsistance nécessaire à notre corps - pain signifiant tout ce qui nous est nécessaire - soit que nous comprenions par pain quotidien celui que vous recevez de l'autel, il est bon de faire cette demande aujourd'hui, c'est-à-dire en ce temps présent.

Car le pain nous est nécessaire en ce temps, quand nous avons faim. Quand nous serons dans l'autre vie, c'en sera fini de la faim.

Qu'aurons-nous besoin de demander du pain ?

Quant au pain dont j'ai dit que nous le recevons de l'autel, il est bon de demander qu'il nous soit donné.

Que demandons-nous, en effet, sinon de ne commettre aucun mal qui nous séparerait d'un tel pain ?


La parole de Dieu qui nous est annoncée chaque jour est, elle aussi, du pain. Si ce n'est pas du pain pour le ventre, n'est-ce pas du pain pour l'intelligence ?

Or quand cette vie aura passé, nous ne chercherons plus le pain que réclame la faim.

Et nous n'aurons plus à recevoir le sacrement de l'autel, puisque nous serons là avec le Christ, dont nous recevons le corps, et nous n'aurons plus à prononcer les paroles que nous vous annonçons, ni à lire le livre, quand nous verrons en personne la Parole de Dieu par qui tout a été fait, dont se nourrissent les anges, qui illumine les anges, et par qui les anges acquièrent la science, non pas en scrutant les paroles d'une langue tortueuse, mais en buvant l'unique Parole dont l'ivresse les fait éclater en louanges, sans qu'ils puissent s'épuiser de louanges.

"Bienheureux, dit le Psaume, ceux qui habitent dans ta maison ; dans les siècles des siècles ils te loueront" (Ps 83, 5).

La remise de nos dettes

Donc, en cette vie, nous demandons encore ce qui vient ensuite : 

Remets-nous nos dettes.

Dans le baptême, toutes vos dettes, c'est-à-dire vos fautes, vous seront remises absolument toutes.

Mais, parce qu'ici nul ne peut vivre sans péché, et - même s'il ne s'agit pas d'une grave faute qui nous séparerait du pain dont nous parlions - comme nul ne peut vivre sur cette terre sans commettre de péchés, et que nous ne pouvons recevoir qu'un seul baptême une seule fois, c'est dans la prière que nous recevons ce qui nous lave chaque jour, afin que chaque jour nos péchés nous soient remis.

Mais à la condition suivante : ...

comme nous remettons à nos débiteurs.


Aussi je vous avertis, mes frères... vous allez être fils de Dieu, non d'un quelconque grand homme.

Votre comte daigne-t-il adopter l'un de vous ?

La grâce de Dieu fait, de vous tous, ses fils. C'est pourquoi, puisque chaque jour vous direz... - même après le baptême et surtout après le baptême ; car vous ne prierez cette prière qu'après le baptême ; dans huit jours ce sera une récitation, non une prière ; après le baptême, vous en ferez votre prière :

-comment, en effet, celui qui n'est pas encore né pourrait-il dire "notre père" ? - donc, puisque chaque jour vous direz cette prière, je vous avertis, mes frères, vous qui, dans la grâce de Dieu, êtes mes fils, et qui, devant un tel père, êtes mes frères, je vous avertis : quelqu'un vous offense, commet une faute contre vous, vient, s'accuse et vous demande de lui pardonner, tout de suite du fond du coeur remettez-lui, pour ne pas vous exclure du pardon qui vient de Dieu.


Car si vous ne faites pas rémission, lui non plus ne fera pas rémission. Voici ce que Dieu vous dit :

Vous avez raison de me demander pardon, à moi qui ne peux pas commettre de faute ; cependant, bien que l'on ne puisse trouver en moi aucune faute, je pardonne et vous ne voulez pas pardonner.

Eh bien ! soit, refusez de pardonner.

Mais alors faites en sorte que je ne puisse trouver en vous obligation de me venger.

Il t'est permis de te venger d'un homme qui t'offense.

Mais il te demande pardon.

Il a été ton ennemi, mais en te demandant pardon, il coupe court à son hostilité. Non, dis-tu, non, je veux me venger.

Fais attention qu'il n'y ait pas en toi-même matière à vengeance. Tu veux te venger d'une faute, toi, un homme qui commet des fautes !

Prends garde que ne se venge de toi celui qui ne peut être trouvé en faute. Par conséquent, voilà encore une demande à faire en cette vie, ici où l'on peut commettre des fautes, les fautes peuvent être remises.

Dans l'autre vie, elles ne sont pas remises, puisqu'il n'y en a pas.

Résister au mal

En suite de quoi, nos prions en disant : 

Ne nous fais pas entrer dans la tentation, mais délivre-nous du mal.

Qui dit oui au tentateur entre dans la tentation. En effet, en cette vie, il est utile d'être tenté, mais il n'est pas bon d'entrer dans la tentation.

On te tente en voulant te corrompre avec de l'argent, pour te faire accomplir quelque action mauvaise pour de l'argent ; tu es tenté, mais tu es aussi éprouvé ; si tu ne donnes pas ton consentement, tu seras trouvé pur.

Je te donne un conseil : méprise la cupidité, et l'argent ne saurait te corrompre.

Ferme la porte à la tentation, et tire le verrou : l'amour de Dieu.

Qui le peut, sans l'aide de celui que nous prions ?

Or les hommes sont tentés de bien des manières, tentations par des présents, tentations par des menaces ; si on ne peut séduire par la corruption, on cherche à séduire par des pressions.

Mais l'homme solidement attaché à Dieu et dont Dieu exauce la demande: 

Ne nous fais pas entrer dans la tentation,

triomphe des mauvais attachements, triomphe des vains tremblements.

Par conséquent, il nous est, en cette vie, nécessaire de demander à ne pas entrer dans la tentation, puisqu'il est ici des tentations, et d'être délivrés du mal, puisque le mal est ici.

Récapitulation

Et avec cela le total des demandes est de sept ; trois ont trait à la vie présente. 

Que ton nom soit sanctifié,

cela sera toujours. 

Que ton règne vienne,

ce règne sera toujours. 

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel,

cela sera toujours. 

Donne-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour,

cela ne sera pas toujours. 

Remets-nous nos dettes,

cela ne sera pas toujours. 

Ne nous fais pas entrer dans la tentation,

cela ne sera pas toujours. Mais là où est la tentation, là où est le mal, il est nécessaire que nous fassions ces demandes.


Cette prière vous encourage, non seulement à apprendre à demander à votre père qui est dans les cieux ce que vous désirez, mais à apprendre aussi ce que vous devez désirer.

Amen.

COMMENTAIRE DU NOTRE PÈRE   (Par St Augustin. Sermon 59 à des Catéchumènes)

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Published by Eglise Syriaque-Orthodoxe Antiochienne - dans Pères de l'Eglise Famille

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