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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 11:57

 

                 TU ES NÉ POUR LE BONHEUR…             

TABLE DES MATIÈRES

première partie

LA  STRUCTURE   DE   LA  NATURE HUMAINE

Chapitre I. — L'expérience totale de l'hu­main    9

Chapitre II. — Aimer, connaître, sentir              25

 

deuxième partie

DÉRÈGLEMENTS CATASTROPHIQUES DE LA NATURE HUMAINE

Chapitre I. — Règne de la Chair ........       43

Chapitre II. — Règne de la Raison ......      61

 

troisieme partie

RELATIVITÉ ET COMPENSATION DE NOS ÉTATS D'AME

Chapitre I. — La relativité intérieure ....             81

Chapitre II. — La loi des compensations….       93

 

quatrième partie CONDITIONS DU BONHEUR HUMAIN

Chapitre I. — L'instinct d'agression et l'ins­tinct d'amour   115

Chapitre II. — Les Béatitudes ..........                                 131

 

PREMIÈRE PARTIE

LA STRUCTURE DE LA NATURE HUMAINE

CHAPITRE I

L'EXPÉRIENCE TOTALE DE L'HUMAIN       (Première partie)

 

Des amis m'ont gentiment conseillé de ne pas écrire ce livre... Le bonheur ? Un livre, à moins d'exalter les plaies de ce temps, est con­damné d'avance... Enfin, si vous vous entêtez à écrire, m'ont-ils dit, ne riez pas des idées qui ont cours ni des goûts morbides de cette basse époque, vous seriez accusé de mettre des bâtons dans les roues du char de l'histoire... Allez ! Faites comme tout le monde, mettez-vous au garde-à-vous devant les idoles du moment qui répandent à profusion le mal de vivre et sur­tout, n'ayez pas l'insolence de rappeler les véri­tés éternelles, vous effaroucheriez les pauvres têtes pleines de mensonges qui prospèrent, à souhait, en ce moment...

 

Vous verrez, cher lecteur, j'ai suivi fidèlement ces conseils...

Et j'ai encore jeté une bouteille à la mer. La voici...

 

Mines soucieuses, propos pessimistes, amer­tume et inquiétude sur les visages, voilà ce que l'on rencontre à l'époque où nous vivons. La jeunesse même est écœurée, désaxée, désemparée. Ne voit-on partout les « houligans », les « teddy boys », les « blousons noirs » se déchaîner et se lancer dans l'agression, le vol, l'assassinat ?

 

Pourquoi la joie de vivre a-t-elle abandonné la terre ? Pourquoi le bonheur s'est-il fait si rare dans ce monde du xx siècle ?

 

Mais en quoi consiste le bonheur ? Expri­merait-il une intime harmonie ? Et la détresse, la perte de cette harmonie ?

 

Comment se manifeste cette musique intérieure qui épanouit l'âme, et dont l'exécutant est invisible ? Cette musique que l'homme recherche toujours et partout... Quand et com­ment peut-il l'entendre ? On ne peut répondre à ces questions et savoir de quoi dépend le bonheur de l'homme, sans savoir d'abord ce qu'est l'homme.

Les systèmes philosophiques, éthiques et poli­tiques qui règnent sur le monde contemporain reposent sur l'homme. Or, ils ne savent plus, ou ne veulent plus savoir, ce qu'est l'homme ou même simplement s'il est. L'idée, que l'on se fait de l'homme et de son destin, décide de son bonheur ou de son malheur. L'idée fausse pro­voque des catastrophes. C'est ainsi que l'huma­nité traverse aujourd'hui une crise d'une am­pleur universelle. D'où vient cette crise ?

 

Depuis la Renaissance un élan toujours plus éperdu porta l'homme à vouloir dominer le monde et à s'approprier ses richesses. Il triomphe de nos jours : l'emprise de l'homme sur la nature est plus forte que jamais. Mais au moment même où il acquiert cette puissance, il en est écrasé. Les monstres d'acier le broient, — en temps de guerre et de paix ! Il obéit sans sourciller à une mécanisation démentielle qui le vide de lui-même en lui imposant son « train d'enfer » : vie fébrile, haletante et bruyante où il ne peut plus entendre la moindre musique inté­rieure !... Et l'esclavage industriel qui augmente de jour en jour ! Et ce ciel de plomb qui étouffe les citadins en les aplatissant contre terre, en les faisant vivre de plus en plus à ras du sol ! Et ils vivent, ces malheureux peuples, comme sous la menace d'un danger imminent... et ils sentent bien que la menace ne vient pas seulement de cette bombe atomique qui peut leur tomber, d'un moment à l'autre, sur la tête... il y a aussi la pol­lution de l'air, de l'eau, du pain et du vin... Et la dégradation des sols, le déboisement ? Et le can­cer des radiations ? Et les vieilles nations écrasées au cœur de l'Europe ! Et les peuples déplacés pour être fourrés dans les usi­nes ; ces foules déracinées, à peine nourries, à peine vêtues, dormant sur le sol, travaillant dans un vertige de fatigue et de terreur, mourant d'hé­bétude et d'épuisement ! Et la prostitution du haut en bas de la société ! Et la traite des fem­mes, et ce monde des bistrots et des taudis ! Et les formidables montagnes de cadavres dont le sang fume devant le temple de la déesse Vitesse !

 

Pourquoi toutes ces calamités ?

Pourquoi la moitié de l'univers est-elle dans les fers tandis que l'autre moitié les attend dans l'hébétude ?

Pourquoi cette expérience la plus décevante et la plus tragique de l'histoire de l'humanité ?

Il doit y avoir, sans doute, en cette civilisation, une erreur sur l'homme et ses valeurs réelles.

 

                                                         ***

 

Il faut se demander si les doctrines actuelles et les manières de vivre qu'elles proposent sont valables. Mais réviser les valeurs actuelles sans aspirer à l'évidence n'est rien. Tâchons d'y parvenir en laissant de côté tous les systèmes. Saisissons directement l'expérience vécue de l'homme dans sa forme la plus concrète. Faisons de simples constatations à la portée de cha­cun.

 

 

I. — L'homme n'est pas son avoir. Il peut s'attacher à lui, par exemple à la maison qu'il habite. Mais sa maison peut disparaître et il garde l'identité de son moi. Il pourrait dire un jour tristement : je n'ai plus cette maison... Là, personne ne peut me contredire... mais attendez !

 

II. — L'homme n'est pas son corps : il change ; et il garde l'identité de son moi. Son corps s'avilit, se détériore. Il peut même être amputé, disparaître en partie. Et il pourra dire un jour : j'ai perdu mon bras droit, mais c'est encore et toujours le même moi !

 

D'ailleurs, comment pourrais-je me confondre avec mon corps ! Il me résiste de tant de ma­nières... Je peux beaucoup, bien sûr, sur mes bras et mes jambes, mais je ne peux rien sur mon cœur et mon ventre : comment se pren­nent-ils, pendant que je pense, j'agis ou je dors, à maintenir la vie de mon corps ? Je n'en sais rien, ma volonté n'y peut rien... Mon corps m'est donc extérieur ; certes, beaucoup moins que la maison où j'habite mais il fait encore partie du monde, il n'est pas moi !

 

III. — L'homme n'est pas ses sensations et ses sentiments : ils changent continuellement et il garde l'identité de son moi. Il constatera le chan­gement en disant : j'ai été amoureux, je ne le suis plus. Ces sentiments, ces sensations m'en­vahissent, me pénètrent et s'en vont... C'est encore un monde extérieur à moi, ce n'est pas moi !... Et mes pensées ? Ne défilent-elles pas sans cesse ? Et n'ai-je pas l'impression d'une résistance en voulant les comprendre, les assimi­ler, ou en cherchant un souvenir ou un mot ? Je me saisis comme distinct de la pensée dans l'ac­tion même où je saisis ma pensée. Par consé­quent les pensées les plus intimes me donnent donc encore l'impression de constituer un monde extérieur à moi-même...

 

Cette impression d'extériorité va donc en s'ac­centuant de mes pensées à mes sentiments, de mes sentiments à mon corps et de mon corps à ma maison, à ce que j'appelle uniquement le monde extérieur.

 

Il y a donc en moi, jusqu'au plus intime de mon moi, des mondes avec lesquels je dois comp­ter, des mondes qui m'assaillent et que je dois dompter. Tout cela est donc mon avoir ; le MONDE, mon CORPS et mon AME, c'est mon avoir... je peux les perdre... je peux perdre aussi mon âme — ou la gagner...

 

IV. — Mais alors, que suis-je ? Qui est-ce « MOI » ? N'est-il pas une illusion ? Et s'il ne l'est pas, quelle est cette réalité, la plus intime de toutes ? Ce témoin permanent, immobile et actif à la fois, que je ne peux saisir que dans ses acti­vités ? Quelle est cette réalité hors du temps par rapport à laquelle j'ai l'impression de l'écoule­ment du temps, cette réalité qui me fait dire : j'ai eu cinq ans, j'ai eu quinze ans, j'ai eu trente ans ? Toujours le même « je » qui assiste au changement !

Eh oui, toutes les résistances que je trouve en moi-même, dans mon corps et dans le monde, impliquent l'existence d'une réalité qui engendre en agissant ces résistances. Nier cette réalité qui est la source de nos états où nous nous sentons actifs, c'est en fait, accepter l'inexistence de l'Homme.

 

                                                              ***

Voici donc quatre modes du réel : matière, vie, âme, esprit (Ce quaternaire n'exclut pas le dualisme classique, corps et âme ; le corps étant fait d'une matière organisée par la vie et l'âme étant informée par une zone périphé­rique que dirige et contrôle un centre actif. En ce cha­pitre, je distingue sans séparer et sans renier la profonde unité de l'ensemble humain, corps et âme ; aussi loin que possible de la séparation cartésienne entre l'âme et le corps !) ou, si l'on veut : minéral, végé­tal, animal, humain. Il n'y aurait pas d'ailleurs deux fois quatre mots s'il n'y avait pas quatre modes du réel : la langue est souvent plus sage que les plus sages qui la parlent...

 

Les philosophes modernes me font béer d'ad­miration lorsqu'ils confondent la vie avec la ma­tière, l'âme avec la vie, et l'esprit avec l'âme ! La réalité est ce qu'elle est : quadruple dans ses manifestations qui ne s'engendrent pas les unes les autres, mais s'englobent les unes dans les autres jusqu'à l'homme qui les contient toutes les quatre.

 

Mais encore quel est ce dernier mode du réel, l'esprit ? Il ne peut se confondre avec les autres : il n'est ni sens, ni sentiment, ni raison, ni une quelconque réalité du monde ; mode d'être qui dépasse toute catégorie logique, qui n'est pas irrationnel, qui est sur rationnel ! Il habite une lumière aveuglante qui n'est que nuit pour la raison. (C'est pourquoi le rationalisme ne peut que le renier.)

 

Mais dans cette nuit apparente toute lumière prend naissance. Ce quelque chose qui résiste à la raison humaine, c'est cela seul qui est vraiment humain !

 

Je vois que je vais parler un langage incompréhensible : qu'est-elle, pour les hommes actuels, une réalité qu'on ne voit pas, qu'on ne touche pas ? Dans ce siècle qui parle toujours de révolutions, il est grandement ridicule de parler d'une révolution qui consisterait à faire attention à soi, au vrai Soi !

 

Pauvres mots qui essaient d'exprimer l'inex­primable ! Pauvres paroles tremblantes en face de l'indicible « toi » ! En face du seul fait essen­tiellement humain ! C'est cela, toi, cher lecteur, ce foyer qui éclaire mais ne s'éclaire pas lui-même... Eh oui ! Tu vois les choses que ta lumière éclaire mais tu ne vois pas la lumière !

 

Or, voilà : c'est bien cette « fine pointe de l'âme », expression de Saint Jean de la Croix, que l'on attaque, c'est ce qu'il y a d'humain en l'homme que l'on ruine depuis trois siècles ! (Opération préparée de longue date. L'Ennemi de l'homme a réussi enfin à détruire l'image de Dieu dans l'homme ! Il est possible d'annihiler le moi humain. Un technicien marxiste peut le refouler et ramener l'homme à son psychisme passif : aux sinistres procès soviétiques, la volonté est supprimée : il n'en reste qu'une bête tra­quée. Mais il y a eu encore des révoltés ; alors les marxistes ont trouvé mieux : ils sont en train de fabri­quer une nouvelle race d'humains en Sibérie où il existe des centres d'élevage d'enfants robots nés par insémina­tion artificielle et que l'on rend totalement passifs. Le beau travail commencé en Occident est fignolé en Orient...)

 

 

A SUIVRE

 

[Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)]

 

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