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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 15:46

Par Saint Bernard (1091-1153), abbé cistercien et docteur de l'Église d'Occident. Sermons sur le Cantique des Cantiques n°37, 2-5 (trad. Seuil 1953, p. 436 rev.) 

26.St.Georges

« En ce temps déjà, le centuple »


« Semez dans la justice,dit le Seigneur, et récoltez l'espérance de la vie. »

Il ne te renvoie pas au dernier jour, où tout vous sera donné réellement et non plus en espérance ; il parle du présent.

Certes, notre joie sera grande, notre allégresse infinie, lorsque commencera la vraie vie.

Mais déjà l'espérance d'une si grande joie ne peut pas être sans joie.

« Réjouissez-vous dans l'espérance », dit l'apôtre Paul (Rm 12,12).

Et David ne dit pas qu'il sera dans la joie, mais qu'il y a été le jour où il a espéré entrer dans la maison du Seigneur (Ps 121,1).

Il ne possédait pas encore la vie, mais déjà il avait moissonné l'espérance de la vie.

Et il faisait l'expérience de la vérité de l'Écriture qui dit que non seulement la récompense mais « l'espérance des justes est pleine de joie » (Pr 10,28).

Cette joie est produite dans l'âme de celui qui a semé pour la justice, par la conviction qu'il a que ses péchés sont pardonnés. 

Quiconque parmi vous, après les commencements amers de la conversion, a le bonheur de se voir soulagé par l'espérance des biens qu'il attend a récolté dès maintenant le fruit de ses larmes.

Il a vu Dieu et l'a entendu dire : « Donnez-lui les fruits de ses œuvres » (Pr 31,31).

Comment celui qui a « goûté et vu combien le Seigneur est doux » (Ps 33,9) n'aurait-il pas vu Dieu ?

Le Seigneur Jésus paraît bien doux à celui qui reçoit de lui non seulement la rémission de ses fautes, mais encore le don de sainteté et, mieux encore, la promesse de la vie éternelle.

Heureux celui qui a déjà fait une aussi belle moisson. Le prophète dit vrai : « Ceux qui sèment dans les larmes récolteront dans la joie » (Ps 125,5).

Aucun profit ni honneur terrestre ne nous paraîtra au-dessus de notre espérance et de cette joie d'espérer, désormais profondément enracinée dans nos cœurs :

-« L'espérance ne trompe pas, car l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5). 

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 13:57

Aloho m'barekh (Dieu vous bénisse) !


Voici, chers amis, un film russe sous-titré français.

 
Sur l'importance de la simplicité et de l'humilité dans la prière.

 
D'après la nouvelle de Tolstoï intitulée "Les 3 vieillards"

 

 

LES TROIS SAINTS VIEILLARDS:

CONTE DE LA RÉGION DE LA VOLGA

par Léon TOLSTOÏ

 

L’archevêque d’Arkhangelsk avait pris place sur un bateau qui faisait voile de cette ville au monastère de Solovki. Parmi les passagers se trouvaient aussi des pèlerins et de ceux que l’on nomme « saints ». Le vent soufflait en poupe, le temps était beau, il n’y avait ni roulis ni tangage.

Les pèlerins, les uns couchés ou mangeant, les autres assis par tas, devisaient entre eux. L’archevêque sortit de sa cabine et se mit à marcher d’un bout à l’autre du pont. Arrivé à la proue, il vit un groupe qui s’y était rassemblé. De la main, un petit paysan désignait quelque chose au large et parlait tandis que les autres l’écoutaient. L’archevêque s’arrêta, regarda dans la direction indiquée par le petit paysan : rien de visible que la mer rutilant sous le soleil. L’archevêque s’approcha pour mieux écouter. Le petit paysan l’ayant aperçu ôta son bonnet et se tut. Les autres de même, à la vue de l’archevêque, se découvrirent et s’inclinèrent avec respect.

– Ne vous gênez pas, mes amis, dit le prélat. Je suis venu, moi aussi, écouter ce que tu dis, brave homme.

– Le petit pêcheur nous parlait des vieillards, dit un marchand qui s’était enhardi.

– De quels vieillards s’agit-il ? demanda l’archevêque, et il vint près du bastingage s’asseoir sur une caisse. Raconte-moi donc cela, je t’écoute. Que montrais-tu ?

– Là-bas, cet îlot qui pointe, dit le paysan en indiquant devant lui à bâbord. Il y a là-bas, dans cette île, des vieillards qui vivent pour le salut de leur âme.

– Où donc y a-t-il une île ? demanda l’archevêque.

– Tenez, veuillez regarder en suivant ma main. Voyez ce petit nuage, eh bien ! un peu à gauche au-dessous, il y a comme une bande étroite.

L’archevêque regarda. L’eau miroitait au soleil. Faute d’habitude il n’apercevait rien.

– Je ne la vois pas, dit-il. Et quels sont donc les vieillards qui vivent dans cette île ?

– Des hommes de Dieu, répondit le paysan. Il y a longtemps que j’entends parler d’eux, mais je n’avais jamais eu l’occasion de les voir. Or, l’an dernier, je les ai vus.

Et le pêcheur raconta comment, parti pour la pêche l’année précédente, une tempête l’avait jeté sur cet îlot qui lui était inconnu. Au matin, comme il explorait les lieux, il tomba sur une petite hutte au seuil de laquelle il vit un vieillard, et d’où ensuite deux autres sortirent. Ils lui donnèrent à manger, firent sécher ses vêtements et l’aidèrent à réparer son bateau.

– Comment sont-ils d’aspect ? s’enquit l’archevêque.

– L’un est petit, légèrement voûté, très vieux. Il porte une soutane vétuste et doit être plus que centenaire. La blancheur de sa barbe tourne au vert; cependant il sourit toujours et il est pur comme un ange des cieux. L’autre, un peu plus grand, est vieux aussi et porte un caftan tout déguenillé. Sa barbe chenue s’étale, jaunâtre, mais l’homme est fort : il a retourné mon bateau comme un simple baquet avant que j’eusse le temps de lui donner un coup de main. Lui aussi a l’air radieux. Le troisième est très grand, sa barbe lui descend jusqu’aux genoux comme un fleuve de neige. Il est tout nu, sauf une natte en guise de ceinture.

– Ont-ils causé avec toi ? demanda l’archevêque.

– Ils besognaient en silence et se parlaient fort peu. Il leur suffit d’un regard pour qu’ils se comprennent. J’ai demandé au plus vieux s’ils vivaient là depuis longtemps. Il se renfrogna, murmura quelque chose, comme si décidément il était fâché. Mais aussitôt le petit vieux le saisit par la main, sourit, et le grand se tut. Rien qu’une parole de douceur et un sourire.

Tandis que le paysan parlait ainsi, le navire s’était rapproché des îles.

– Voici qu’on l’aperçoit tout à fait maintenant, dit le marchand. Veuillez la regarder, Éminence, ajouta-t-il avec un geste.

L’archevêque regarda et il vit en effet une bande noire : c’était un îlot. L’archevêque regarda, puis il passa de l’avant du navire à l’arrière pour questionner le pilote.

– Quel est donc cet îlot qu’on aperçoit là-bas ?

– Il n’a pas de nom. Il y en a un grand nombre par ici.

– Est-il vrai que trois vieillards y vivent pour le salut de leur âme ?

– On le dit, Éminence. Mais je n’en sais rien. Des pêcheurs, à ce qu’on prétend, les auraient vus. Mais ce sont peut-être des racontars.

– Je voudrais m’arrêter un peu dans cet îlot, voir ces vieillards, dit le prélat. Comment faire ?

– Impossible au navire d’accoster, répondit le pilote. On le pourrait en canot; mais il faut demander l’autorisation au commandant.

On alla chercher le commandant.

– Je voudrais voir ces vieillards, dit l’archevêque. Ne pourrait-on me conduire là-bas ?

Le commandant eut une réponse évasive :

– Pour ce qui est de pouvoir le faire, on peut le faire; mais nous perdrons beaucoup de temps, et j’ose déclarer à Votre Éminence qu’il ne vaut vraiment pas la peine de les voir. J’ai entendu dire que ces vieillards étaient stupides. Ils ne comprennent rien et sont muets comme des carpes.

– Je désire les voir, insista le prélat. Je paierai pour la peine : qu’on m’y conduise.

Il n’y avait rien à faire. En conséquence, des ordres furent donnés aux matelots et l’on changea la disposition des voiles. Le pilote ayant tourné le gouvernail, le navire mit le cap sur l’île. On apporta une chaise à l’avant pour le prélat qui s’assit et regarda.

Pendant ce temps, les pèlerins, qui s’étaient aussi rassemblés à l’avant, tenaient les yeux fixés vers l’île. Ceux dont les regards étaient le plus perçants voyaient déjà les pierres de l’île et montraient une petite hutte. Il y en eut même qui distinguaient les trois vieillards. Le commandant prit sa longue-vue, la braqua dans la direction, puis la passant à l’archevêque :

– C’est exact, dit-il, voyez sur le rivage, à droite du gros rocher, il y a trois hommes debout.

À son tour, l’archevêque regarda par la lunette après l’avoir mise au point. En effet, trois hommes étaient debout sur le rivage : l’un grand, l’autre moindre et le troisième de très petite taille. Ils se tenaient par la main.

Le commandant s’approcha de l’archevêque :

– C’est ici, Éminence, que nous devons stopper. Si vraiment vous y tenez, vous prendrez place dans un canot pendant que nous resterons à l’ancre.

Aussitôt on dénoua les filins, jeta l’ancre, largua les voiles. Puis on retira le canot et on le mit à la mer. Des rameurs y sautèrent; l’archevêque descendit par l’échelle. Quand il fut assis sur le banc du canot, les rameurs donnèrent une poussée sur leurs avirons et s’éloignèrent dans la direction de l’île. Arrivés à la distance d’un jet de pierre, ils virent apparaître les trois vieillards : un grand tout nu, ceint d’une natte; un de taille moyenne au caftan déchiré et un petit, voûté, couvert d’une vieille soutane. Tous trois se tenaient par la main.

Les rameurs s’arrêtèrent pour amarrer l’embarcation. L’archevêque descendit.

Les vieillards firent un salut profond. L’archevêque les bénit, et eux le saluèrent encore plus bas.

Puis l’archevêque leur adressa la parole :

– J’ai entendu dire que vous étiez ici, vieillards du bon Dieu, afin de sauver votre âme en priant Notre Seigneur pour les péchés des hommes. Et j’y suis par la grâce de Dieu, moi indigne serviteur du Christ, appelé pour paître ses ouailles. Aussi ai-je voulu vous voir, hommes de Dieu, pour vous enseigner, si je le puis.

Les vieillards sourirent en silence et se regardèrent.

– Dites-moi comment vous faites votre salut et servez Dieu ? demanda le prélat.

Le second des vieillards poussa un soupir et regarda le grand, puis le petit; le grand se renfrogna et regarda le plus vieux. Quant à ce dernier, il dit avec un sourire :

– Nous ignorons, serviteur de Dieu, comment on sert Dieu. Nous ne servons que nous-mêmes en pourvoyant à notre subsistance.

– Comment faites-vous donc pour prier Dieu ?

Et le petit vieux dit :

– Nous prions en disant : « Vous êtes trois, nous sommes trois, ayez pitié de nous. »

Et à peine eut-il prononcé ces mots, que les trois vieillards levèrent les yeux vers le ciel et reprirent en choeur :

– Vous êtes trois, nous sommes trois, ayez pitié de nous.

L’archevêque sourit et demanda :

– Vous avez sans doute entendu parler de la sainte Trinité, mais vous ne priez pas comme il faut. Je vous aime beaucoup, vieillards du bon Dieu, je vois que vous voulez Lui être agréables, mais vous ne savez pas comment Le servir. Ce n’est pas ainsi qu’il faut prier. Écoutez-moi, je vais vous instruire. Ce n’est pas d’après moi-même que je vous enseignerai, mais d’après l’Ecriture sainte qui nous apprend comment Dieu a voulu qu’on Le prie.

Et le prélat se mit à apprendre aux vieillards comment Dieu s’était révélé aux hommes : il leur parla de Dieu le Père, de Dieu le Fils et du Saint-Esprit... et il disait :

– Dieu le Fils est descendu sur la terre pour sauver les hommes et leur enseigner à tous comment Le prier. Écoutez et répétez ensuite mes paroles.

Et l’archevêque dit :

– Notre Père.

L’un des vieillards répéta :

– Notre Père.

Le second et le troisième à tour de rôle :

– Notre Père.

–... Qui êtes aux cieux.

–... Qui êtes aux cieux...

Mais le second des vieillards s’embrouilla dans les mots et ne prononça pas comme il fallait; le vieillard nu ne parvenait pas non plus à bien articuler : les poils de sa moustache lui obstruaient les lèvres; quant au petit vieux, un bredouillement inintelligible sortait de sa bouche édentée.

L’archevêque répéta encore; les vieillards répétèrent après lui. Ensuite le prélat s’assit sur une pierre et les vieillards, debout autour de lui, regardaient sa bouche et s’efforçaient de l’imiter pendant qu’il leur parlait. Toute la journée, jusqu’au soir, l’archevêque poursuivit sa tâche; dix fois, vingt et cent fois il répétait le même mot, que les vieillards reprenaient ensuite. Quand ils s’embrouillaient, il les corrigeait en les obligeant à tout recommencer.

L’archevêque ne quitta pas les vieillards qu’il ne leur eût enseigné tout le Pater. Ils étaient parvenus à le réciter d’eux-mêmes. Ce fut le second vieillard qui le comprit le plus vite et le redit tout d’une traite. Le prélat lui ordonna de le répéter plusieurs fois de suite jusqu’à ce que les autres eussent appris à le réciter.

Le crépuscule tombait déjà et la lune montait de la mer quand l’archevêque se leva pour rejoindre le navire. Il prit congé des vieillards qui tous trois se prosternèrent devant lui. Le prélat les releva et, après avoir embrassé chacun d’eux, il les engagea à prier ainsi qu’il le leur avait enseigné. Puis il prit place dans l’embarcation et s’éloigna du rivage.

Et tandis que l’archevêque revenait vers le navire, il entendit les trois vieillards réciter tout haut le Pater. Quand il accosta, on n’entendait plus leur voix, mais on les voyait encore au clair de lune, tous trois debout sur le même point du rivage, le plus petit au milieu, le grand à droite et le moyen à gauche.

Une fois à bord, l’archevêque se dirigea vers l’avant, on leva l’ancre et le vent ayant gonflé les voiles poussa le navire qui reprit sa route.

L’archevêque avait gagné la poupe et ne cessait de regarder l’îlot. Les vieillards étaient encore visibles, mais ils s’effacèrent bientôt, et l’on ne vit plus que l’îlot. Puis l’îlot s’évanouit de même, et il n’y eut plus que la mer qui scintillait au clair de lune.

Les pèlerins s’étaient couchés pour dormir, et tout reposait sur le pont. Mais l’archevêque n’avait pas sommeil. Il se tenait seul à la poupe, regardant là-bas la mer où l’îlot avait disparu, et se rappelant les trois bons vieillards. Il songeait à leur joie quand ils eurent appris la prière. Et il remercia Dieu de l’avoir conduit là pour enseigner à ces vieillards les divines paroles.

Assis sur le pont, l’archevêque songe en regardant la mer du côté où l’îlot a disparu. Soudain une lueur papillote à ses yeux : quelque chose comme une lumière qui vacille çà et là au gré des flots. Cela brille tout à coup et blanchoie sur le sillage lumineux de la lune. Est-ce un oiseau, une mouette, ou bien une voile qui pose cette tache de blancheur ? Le prélat cligne des yeux pour mieux voir : « C’est un bateau, se dit-il : sa voile nous suit. Il ne tardera certes pas à nous rejoindre. Tout à l’heure il était encore fort loin, maintenant on le distingue tout à fait. Et ce bateau n’a rien d’un bateau, la voile ne ressemble pas à une voile. Mais quelque chose court après nous et cherche à nous rattraper. »

L’archevêque ne parvient pas à distinguer ce que c’est. Un bateau ? Non, et ce n’est pas un oiseau non plus. Un poisson ? Pas davantage. On dirait un homme; mais il serait bien grand, et comment croire qu’un homme puisse marcher sur la mer ? L’archevêque se leva de son siège et alla trouver le pilote :

– Regarde, qu’est-ce donc, frère ? Qu’y a-t-il là-bas ? demande l’archevêque.

Mais déjà il voit que ce sont les trois vieillards. Ils marchent sur la mer, tout blancs, leurs barbes blanches resplendissent, et ils se rapprochent du navire qui a l’air d’être immobilisé.

Le pilote regarde autour de lui, terrifié; il quitte le gouvernail et crie tout haut :

– Seigneur ! Les vieillards qui nous suivent en courant sur la mer comme sur la terre ferme !

Les pèlerins, qui avaient entendu, se levèrent et vinrent précipitamment sur le pont. Tous voyaient les vieillards accourir en se tenant par la main; les deux du bout faisaient signe au navire de s’arrêter. Tous trois couraient sur l’eau comme sur la terre ferme, sans que leurs pieds parussent remuer.

On n’eut pas le temps de stopper, que déjà ils étaient à hauteur du navire. Ils avancèrent tout près du bord, levèrent la tête et dirent d’une seule voix :

– Serviteur de Dieu, nous avons oublié ton enseignement ! Tant que nous avons redit les mots, nous nous en sommes souvenus; mais une heure après que nous eûmes cessé de les redire, un mot a sauté de notre mémoire. Nous avons tout oublié, tout s’est perdu. Nous ne nous rappelons rien de rien. Enseigne-nous de nouveau.

L’archevêque fit un signe de croix, se pencha vers les vieillards et dit :

– Votre prière a monté jusqu’à Dieu, saints vieillards. Ce n’est pas à moi de vous enseigner. Priez pour nous, pauvres pécheurs !

Et l’archevêque se prosterna devant les vieillards. Et les vieillards qui s’étaient arrêtés se détournèrent et reprirent leur chemin sur les eaux. Et jusqu’à l’aube il y eut une lueur sur la mer, du côté où les vieillards avaient disparu.

 

Léon TOLSTOÏ, Récits populaires, 1885.

http://www.biblisem.net/

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 13:37

TU ES NE POUR LE BONHEUR (16/16)

 

[Extrait de l'oeuvre de Paul Scortesco (1960)]

84cierge

LES  BÉATITUDES

(Suite 3ème  partie et fin.)

« C'est faire injure au Père Céleste que de vivre dans la tristesse »

Il existe encore sur la terre quelques oasis, où les Béatitudes ont laissé leurs traces  en particulier, des lieux où des saints  ont vécues.

Je pense surtout à saint François et au lieu qu'il a sanctifié de sa pré­sence, Assise.

 

Vous retrouverez le bonheur de saint François dans l'allure du brave homme marchant à la tête de son âne attelé à une vieille charrette, pour l'aider à gravir la pente ; dans l'attitude de cette vieille au visage parcheminé qui sourit aux anges en ravaudant des bardes, accroupie sur le seuil de sa porte ; dans les yeux du paysan assistant à la messe quotidienne, debout, le chapelet à la main ou humblement agenouillé sur la dalle : quelle paix heureuse dans son recueillement !

 

Vous trouverez le bon­heur de saint François à toutes les fenêtres, exul­tant sur les terrasses sous forme de fleurs : géra­niums, lierres, rosiers, pétunias, oeillets, bégonias !

Tout cela soigné amoureusement :

-tout ce qui chante la beauté, tout ce qui s'élève vers le ciel d'un peu de terre ou qui retombe en grappe pour bénir la terre !

Ruissellement joyeux de couleurs dans les étalages des mar­chands de céramiques — faites de leurs mains !

 

Si, sortant par la Porta Nuova, vous visitez Saint Damien que François rebâtit de ses mains et où il composa le Cantique des Créatures, vous découvrirez la profondeur du bonheur francis­cain :

-« Béni sois-tu, Seigneur, avec toutes tes créatures ! » 

De toutes choses, de toutes parts monte éternellement à Assise le cantique du Poverello.

 

Ici vraiment est arrivé le règne de Dieu.

Ce lieu est saint. 

Le chrétien goûte à Assise la délectation de l'authentique bonheur et décou­vre le secret de la joie parfaite que détient toujours saint François entre ses mains trans­percées !

 

Voilà ce que notre civilisation a ruiné à jamais !

 

Voyons ! Nous sommes en plein Progrès ! Que diable, restons objectifs, ne nous laissons pas abuser par ces évocations du passé !

 

Bon. D'accord... Mais je n'évoque pas le passé ! 

Cette vision est du présent ; ce n'est pas non plus une spéculation métaphysique dans les nuées ou des « histoires de bonne femme »...

 

Allez-y voir ! Allez voir aussi les visages illuminés de joie des malades, au passage du Saint-Sacrement, à Lour­des !

Allez voir le miracle de la cité de saint Cottolengo à Turin : des estropiés, des mourants, des paralysés, des impotents, vivant heureux ! Les Béatitudes incarnées !

 

Les hommes et les femmes sanctifiés !

Et pourquoi ? Parce que « le premier pain qui se donne ici est le pain de la foi » !

Et c'est pourquoi, sans le moindre soutien, dans la « Maison de la Divine Providence » de Turin, l'autre pain, le pain du corps, n'y manque jamais.

Saint Cottolengo ne se lassait pas de répéter :

-« Ciboires vides, sacs pleins ; ciboires pleins, sacs vides ! »

C'est-à-dire : communiez d'abord et le reste vous sera donné de surcroît ; ne communiez pas et tout ira de travers !

Or, que font-ils, les chrétiens actuels ? 

Ils courent d'abord à leurs affaires ; et s'ils ont un peu de temps, ils vont le Dimanche à la messe ; s'ils ne l'ont pas, eh bien tant pis !

 Ils préfèrent s'abreuver aux mêmes sources que leurs ennemis les athées, ces sources qui ne les désaltéreront jamais... 

Ils recherchent les paradis terrestres, qui seront toujours mena­cés ! 

Peut-on s'étonner que dans ce monde qui a oublié les Béatitudes, dans ce monde de faux chrétiens, tout aille de travers ?

 

 ***

 

L'amour de Dieu bannit la crainte. C'est le sentiment primordial qui nous empêche d'être heureux.

Crainte du lendemain, crainte des hom­mes, des maladies, de la mort... 

Crainte qui nous désarme en face des vicissitudes de la vie.

Crainte qui nous met le feu aux fesses pour cou­rir, comme des enragés, des possédés ! 

Ah ! C'est qu'il faut avant tout nous assurer une vie douce, de belles vacances, un beau confort ! Si nous en manquions ? C'est affreux ! Nous en serions superlativement, infiniment, malheureux !

 

Voilà à quoi se soumet la volonté des humains !

Ils ont oublié que le seul objectif capable de satisfaire leur volonté, ce rayon divin en eux, c'est Dieu même. 

Pour que la volonté puisse se déployer en sa plénitude, elle doit poursuivre un but infini : la volonté est faite pour l'Infini.

Tout ce qui est en deçà la dégonfle, la déçoit

(La violence des méthodes soviétiques montre bien de quelle puissance infinie la volonté dispose pour résis­ter ; les procédés occidentaux, plus doux mais plus cons­tants, ont eu besoin de trois siècles pour l'annihiler ! Il fallait d'abord que la volonté ne revienne plus à sa Source pour se vivifier. D'où, l'hébétude de l'Occident.)

 

La volonté d'expansion dans l'espace ne résout rien : les fusées élancées à travers le cosmos ma­tériel démontreront que ce cosmos est encore trop petit pour l'homme en qui Dieu a mis l'ap­pétit de l'infini.

 

Il n'y a pas de contorsions à faire pour s'adap­ter au réel, il suffit de s'adapter à Dieu et à notre essence, qui vient de Dieu ; il suffit de revêtir le Christ pour le vivre devant les hommes ; cela suffit pour être heureux.

 

C'est la plus merveilleuse charité que d'aider quelqu'un à mieux réaliser son visage divin.

Il nous faut prendre conscience de cette initiale splendeur de chaque humain et essayer de la ranimer.

 

Pour tordue et faussée qu'elle soit, l'homme est toujours à l'image de Dieu ; et elle se fait d'autant plus exigeante qu'elle est faussée et tor­due : elle s'exprime d'autant plus par le « vague à l'âme », le « cafard », les « idées noires »...

 

La soif de sainteté qui peut torturer l'être humain, le torturer en vérité, est immense ; il ressent péniblement, sans savoir que c'est cela, le divorce entre son existence et, en lui, l'image de son Seigneur

Et, ne le sachant pas, il sème, comme à plaisir, la tristesse.

Il est capable d'être cruel tranquillement, sans avoir conscience que cette cruauté vient de sa volonté égarée.

 

La volonté attend qu'on exige tout d'elle ; elle n'a de paix que dans la poursuite d'une fin unique qui réclame un effort total. 

Alors l'intel­ligence se met à son service et accomplit un tra­vail qui l'occupe, à son tour, tout entière.

Et cette unification et simplicité de la volonté et de l'intelligence — qui ne sont plus tiraillées à hue et à dia — c'est là aussi un des traits du bonheur 

(Cette unification et simplicité de l'âme que l'on atteint par le haut, on peut les atteindre aussi par le bas, par l'invasion de la chair : le spasme sexuel, les alcools et toutes les drogues que l'on emploie aujourd'hui).

 

Il faut une passion pour guérir des passions : il faut une grande passion de Dieu pour ne plus être harcelé par les terrestres passions... 

Et c'est bien cette passion de Dieu qui nous fait vivre, tout naturellement, les Béatitudes : quelle souf­france peut nous résister lorsque nous sommes fortifiés par la puissance de Sa Gloire ?

 

Comment trouver cette Puissance ?

Il ne faut pas chercher Dieu comme un «Autre»mais comme soi-même, pour mieux devenir soi-même : 

-« Dieu de Vie et d'Amour plus présent en nous que nous-mêmes » ! 

(On apprend à être heureux. Il existe des écoles du bonheur. L'une des meilleures : celle des Pères de Chabeuil, d'où l'on sort, à la suite des « Exercices spirituels » de saint Ignace de Loyola, complètement transformé, revi­goré et prêt à accueillir avec le sourire tout ce que la vie peut vous offrir. Certes ces Exercices ne visent pas directement le bonheur, mais la vérité, et ils atteignent le bonheur par surcroît).

 

DIEU EST JOIE : 

-« Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous... ne vous inquiétez de rien » (Saint  Paul  (Philip. IV, 4-7); voilà la vérité oubliée depuis que le jansénisme et le purita­nisme ont endeuillé le monde.

Et par nos catho­liques compassés : ils en sont contaminés !

Car s'ils vivaient la doctrine du Bonheur, ils seraient toujours gais : 

-« C'est faire injure au Père Céleste que de vivre dans la tristesse » ; voilà encore des paroles admirables de ce saint Cottolengo qui fut, d'ailleurs comme tous les saints, toujours gai.

Et les paroles du Père de Foucauld :

-« Je jouis à l'infini d'être pauvre ». 

Jouissance « infinie » que l'on ne peut éprouver qu'en vivant les Béatitudes.   

 

Illuminer la Souffrance par la Joie, la Croix par la Résurrection ! 

Retourner le monde par l'Hostie, faire de la terre une Hostie !

Voilà l'immense élan radieux qui emporte les « Bien­heureux » !

 

***

 

Notre civilisation a fait de son mieux, depuis la Révolution, pour chasser la Doctrine du Bonheur hors du monde.

On se croyait enfin débarrassé. Pas du tout ! Les peuples la cher­chent dans la nuit...

 

Quelque chose bouge dans les profondeurs de l'âme du monde ; un jour ou l'autre, elle écla­tera en plein jour.

Comment ?

Dieu seul le sait ; on ne peut encore le deviner...

 

La doctrine du Bonheur renaît, après une lon­gue éclipse, en Angleterre, en Hollande, en Alle­magne, en Suisse ; elle naît en d'autres pays qui ne furent jamais catholiques : aux États-unis, au Japon, au Sud Vietnam, aux Îles Philippines, en Birmanie et dans les pays qui gémissent sous le joug soviétique...

 

Une vague de fond soulève les peuples qui ont besoin d'être heureux, et qui sentent, plus ou moins consciemment, qu'ils ne le sont et ne le seront jamais sans la doctrine des Béatitudes, sans ce miracle divin qui transfigure la vie en changeant toute souffrance en joie...

 

Que faire ?

C'est à désespérer !

Comment ?

Ces peuples ne se sont-ils pas habitués au Malheur ?

  Depuis que l'Europe est déchristia­nisée et divisée, on les a pourtant si bien entraî­nés... Eh bien, on les empêchera à tout prix de revenir à la doctrine du Bonheur...

 

Il y a un bon moyen : Satan, l'Incarnation du Malheur, ne s'attaquera plus aux âmes, en par­ticulier, il jouera à fond son influence sur les grands ensembles ; il régnera par la politique presque sur tout l'univers !

Son action sera écla­tante d'insolence en Orient ; et de perfidie, en Occident.

 

 ***

La tempête fait rage, les ténèbres sataniques s'épaississent ; gardons les yeux fixés sur le rayon de soleil qui les traverse et qui bientôt les chassera.  

 

Quand le surnaturel surgira encore dans le monde, et en particulier au sein de la Fille aînée de l'Église dont l'histoire fut ensemencée d'in­terventions divines, alors tous les calculs satani­ques seront balayés...

 

Il en fut ainsi, il en sera de même, — peut-être demain…

 

En notre époque qui marche vers sa fin reten­tit l'appel mystérieux d'une Vie Nouvelle ; si dans le monde actuel tout est corrompu, déna­turé, souilléil reste néanmoins des âmes illumi­nées par un bonheur qui n'est pas de ce monde ; elles finiront par embraser le monde de leur flamme de joie, fille de la Joie éternelle du Christ !

 

 

FIN

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 12:53

TU ES NE POUR LE BONHEUR ( (15/16)

[Extrait de l'Œuvre de Paul Scortesco  (1960)]

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CHAPITRE II LES BÉATITUDES   (SUITE 2ème  partie)


LA DOCTRINE DU CHRIST, C'EST LA DOC­TRINE DU

BONHEUR. 

 

Tous nos échecs et nos malheurs proviennent du refus d'accepter les lois du bonheur proposées par Dieu même : les huit Béatitudes. Prodigieux retournement des valeurs humai­nes !

 

Le Christ est venu pour ceux qui souffrent.

Il fréquentait, en particulier, les « gens sans importance », qui passent aux yeux du monde pour les plus souffrants, les truands, les pros­tituées, les mendiants ; ils avaient besoin plus que les autres d'être libérés des mirages et appa­rences de ce monde.

 

La souffrance surnaturellement transfigurée :

-« Bienheureux ceux qui pleurent »...

Bonheur qui ne vient pas de la chair ni du monde, mais du dedans.

De Dieu en nous. 

Malheur radical de notre temps : la joie ne peut plus jaillir de la vie intérieure :

-« Toute la beauté de la fille du roi est au-dedans » (Ps. XLIV, 16).

C'est notre âme, la fille du roi ! Qu'en avons-nous fait ?

-Une mendiante qui attend, au coin des rues, les passants qui pourraient lui offrir une aumône ; nous attendons tout du dehors !

 

« Bienheureux serez-vous lorsque l'on vous in­sultera, lorsque l'on vous persécutera, et lorsque l'on dira toute sorte de mal contre vous à cause de moi, en mentant. Soyez dans la joie et dans l'allégresse »... 

Si ce n'est pas de la vie inté­rieure illuminée par la grâce, d'où vient ce total renversement des valeurs ? Quelle preuve fla­grante de la victoire de l'Esprit !

 

Art de vivre authentiquement et uniquement chrétien : n'avoir pas peur des adversités. Les offrir à Dieu et en tirer une joie : Imitation de la Croix qui n'est pas aimée pour elle-même mais comme instrument de perfection

 La dou­leur offrande a perdu sa force de destruction. Elle est joie puisqu'elle est amour. Art de vivre complètement perdu aujourd'hui.

 

Ne pas se prendre au sérieux, garder le sens de l'humour, être gai de se savoir le dernier des derniers !

Exulter quand les pires coups s'abat­tent sur vous ou sur votre œuvre ; vivre tou­jours dans la joie en se crucifiant pour Jésus : « GAUDETE SEMPER » !

Autant de traits qui  appartiennent au vrai chrétien.

 

Le secret du bonheur : être content et joyeux quoiqu'il arrive, car rien n'arrive sans la per­mission de Dieu.

 

Pour être heureux il faudrait que rien ne s'op­pose à notre volonté. 

Or, il n'existe qu'une seule volonté à laquelle rien ne s'oppose : la divine Volonté. Ayons donc cette volonté et nous serons heureux ; celui-là donc possède le bonheur dont la volonté est conforme à celle de Dieu.

 

On peut éprouver en cette vie même le com­mencement de la béatitude céleste :   elle  prend ici-bas la forme des huit béatitudes terrestres :

*bienheureux ceux qui ne sont pas riches et com­blés parce qu'ils ne s'endorment pas ; *bienheu­reux les pauvres qui portent la croix parce qu'ils se tiennent éveillés et seront ressuscites.

Satan veut nous faire croire, comme à Jésus lui-même, que la béatitude du ciel commence sur la terre par la possession  des   richesses  de  ce  monde. Nous   aurons  garde   de   nous   laisser   égarer :

-« Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous. Heureux vous, qui avez faim maintenant,  car   vous  serez  rassasiés. »  (Luc ; VI, 20).

 

Qu'attendons-nous de la terre ?

-Les moyens d'y être purifiés, d'y devenir ce que nous som­mes, de nous préparer à être reçus au ciel par le Christ qui est déjà au sommet de notre âme et de ressusciter avec Lui. 

Le reste n'est qu'illu­sion ! 

Tous les messianismes collectivistes ne sont que des hallucinations, ils veulent nous faire croire que, dans l'avenir, le malheur et la misère seront bannis de la terre !

 

Or, lorsqu'on prêche les Béatitudes on n'annonce pas un avenir prestigieux de la société, on annonce un maintenant divinisé, une union de l'âme à Dieu et à notre prochain, un maintenant vécu dans un amour purifié, tellement amour qu'il en est béatitude.

Et c'est alors, par surcroît, une cité plus humai­ne. 

Le Christ n'est pas venu pour briser les chaînes de la servitude, mais pour nous insuf­fler le pouvoir surnaturel de les rendre plus légères, — tellement légères qu'elles nous sou­lèvent au lieu de nous écraser...

 

« Bienheureux les pauvres en esprit »... 

Ne plus vivre par soi mais de la vie même du Verbe incarné ; se vider de soi pour être rempli par l'Esprit de Dieu : pauvreté qui mène à la plus sublime des richesses ! 

Hélas, pour un homme atteint de cécité spirituelle, c'est être réelle­ment pauvre que de vivre et raisonner en s'ap­puyant sur le Sacré.

Aveuglement fondamental que de croire à la richesse de la révélation des sens et à la pauvreté de la Révélation de Dieu !

 

Identification d'amour avec Dieu dans les ténèbres... Ton avoir fait écran ! Enlève-le ! Et alors les ténèbres se changent en opulente et éblouissante Lumière !

 

Ta vie, ô homme moderne, est un refuge contre toi-même. Pour ne pas permettre à Dieu de te dépouiller de tout ce qui est en toi et n'est pas toi !

 

« Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu »...

 

Nul n'est malheureux par les événements, mais par sa réaction envers les événements : si cette réaction est une acceptation souriante et paisible, tout est joie ; si elle est haineuse et vio­lente, tout est souffrance.

 

« Enfants de Dieu »... Nous sommes créés pour aimer Dieu et devenir des saints de Dieu, — « en dansant de joie devant l'Arche du « Seigneur » !

 

Que ce terme de saint ne nous effraie pas !

Que l'on ne croie pas que la sainteté soit l'évo­cation d'un idéal inaccessible !

Sans rapport avec le réel ! 

Ne l'ai-je pas démontré tout au long de ce livre : le « réel » ne s'écroule-t-il pas quand disparaît le sens du Sacré ? 

Toutes les civilisa­tions ne se sont-elles pas effondrées, chaque fois qu'elles se sont éloignées du Sacré ?

 

Bien au contraire : est irréaliste toute société qui perd de vue le destin de l'homme, qui ne l'aide pas à l'atteindre : devenir un enfant de Dieu, être à l'image de Dieu !... 

Sans cela, on n'y trouvera dans le monde que de la veulerie, de la lâcheté, de l'anxiété, du malheur !

 

Ah non ! Ce n'est pas un « idéal inaccessi­ble »... Pour devenir un enfant de Dieu, on n'a qu'à dompter le vieil homme, source de tous les écroulements.

Et pour y parvenir, se dire comme saint Cottolengo :

-« Dieu me voit », et voir ensuite Dieu en tout et en tous... 

Pour s'appro­cher de la sainteté, se répéter aussi souvent que possible les paroles de saint Bosco : « Sainte Ma­rie, mère de Jésus, faites de moi un saint ! » 

Il faut savoir demander, savoir prier ; car de même que le corps, pour grandir, assimile une nourriture qui appartient au milieu, l'âme, pour s'épanouir, doit recevoir une nourriture qui lui vient d'un autre « Milieu »...

 

Les âmes qui ne prient pas, ne se nourrissent pas.

Les hommes qui ont perdu le sens de la prière et qui consi­dèrent que l'action est le seul moyen de parvenir à leurs fins, se surmènent, se vident d'eux-mêmes, victimes d'une hémorragie morale perpé­tuelle.

 

La déperdition de substance spirituelle com­promet l'existence même de l'humanité : elle se meurt d'inanition, — et vogue à pleines voiles comme le radeau de Méduse, cap au malheur total.

 

On se plaint que le bonheur est chose rare…  Mais combien d'hommes désirent-ils devenir des saints ? Or, il n'y a pas de bonheur véritable hors de la sainteté. C'est l'état des « BIENHEU­REUX ».

C'est l'état de ceux qui veulent vivre la doctrine de la joie, les Béatitudes :

-« Bienheu­reux ceux qui»... Et, en effet, ils sont heureux...

 

Le bonheur est l'apanage de ceux qui veulent vivre en Dieu, de ceux qui se rappellent les paroles de Dieu :

-« Moi en eux, mon Père en moi ». Point d'autre Bonheur !

 

Dieu nous a donné sa vie afin que nous échap­pions à la mort et sa mort afin que nous ayons la vie ; quand on a vécu cela, non compris mais vécu, on ne peut être que dans le ravissement...

 

A SUIVRE

 

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 11:25

TOI LE PRÊTRE QUI EST NOTRE SEL

Jacob

Par Saint JACQUES DE SAROUG : 

Saint Jacques de Saroug († 521) est l’un des plus grands docteurs syriens. Il fit ses études dans l’école très réputée d’Édesse puis il devint moine. Son œuvre poétique est considérable. Nous publions ici un passage de son 
Poème sur l’amour:

Les actions mauvaises sont devenues de plus en plus graves
et même le prêtre se met en colère. 
Lui, le gardien des mystères, il déteste son frère 
et il se moque de lui.

Devant cela, est-ce que je vais me taire 
ou parler avec respect ? 
Est-ce que je vais parler clairement 
ou fermer la bouche pour ne pas enseigner ?

Le prêtre est le sel de la terre 
et c’est lui qui réconcilie ceux qui sont en colère. 
Si lui-même est en colère, 
qui va le réconcilier avec son prochain ?

Personne ne met du sel avec du sel 
pour le rendre meilleur. 
Si le sel perd son goût, 
qui peut lui rendre son bon goût ?

Si le sel est sans goût, 
qu’est-ce qu’on va mettre dans la nourriture ? 
Si le sel perd son goût, 
il n’a plus aucune chance de donner un bon goût.

Alors, toi, le prêtre qui es notre sel, apporte ton bon goût 
pour nous rendre agréables aux autres. 
Toi, tu ne perds pas ton bon goût, 
et nous t’attendons pour que tu nous rendes purs.

Mélange-toi à nous qui avons perdu notre bon goût. 
Nous sommes devenus mauvais et nous ne faisons plus le bien. 
Remets-nous sur le droit chemin 
et redonne-nous le bon goût que nous avons perdu.

Tous attendent le bon goût de ton sel 
pour devenir purs. 
Si ton bon goût disparaît, 
on pleurera à cause de ton goût mauvais.

Prêtre, tu es le sel. 
Fais attention 
à ne pas te mettre en colère contre ton prochain, 
sinon les gens vont dire : 
le sel n’a plus de goût.

« Vous êtes le sel de la terre » (Mt 5, 13) 
et vous donnez la paix à votre pays. 
« Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 14) 
et vous enseignez aux autre qui est Dieu.

Vous réconciliez celui qui est en colère contre son prochain, 
vous calmez celui qui s’énerve contre son compagnon. 
Vous, les prêtres, vous apprenez aux autres à aimer leurs ennemis. 
Vous leur donnez un enseignement qui donne la vie.

Vous annoncez de la part de Dieu : 
« Si ton frère pèche sept fois, 
pardonne-lui sept fois soixante fois. »

Sur vos instruments de musique, 
vous chantez l’Évangile du Fils de Dieu, 
vous chantez les chants de l’amour 
pour que chacun aime celui qui le déteste.

Dans l’Église tous les chrétiens au cœur pur 
vous entendent dire dans tous les pays : 
« Personne ne doit rendre le mal pour le mal » (1 Th 5, 15).

Toi qui es prêtre, tu m’as enseigné ce que disent les Livres saints, 
et, grâce à cela, j’ai aimé mon ennemi. 
Mais, qu’est-ce que je vais faire 
si je vois que toi, prêtre, tu détestes ton frère ?

Tu m’enseignes : « Aime celui qui te déteste. » 
Mais quand ton frère est en colère contre toi, 
tu ne trouve pas bien de faire la paix avec lui !

Tu m’as dit : « Dieu ne te pardonnera pas, 
si tu ne pardonne pas. » 
Et toi, tu ne veux pas pardonner à ton frère 
qui s’est mis en colère contre toi !

Si tu ne respectes pas ce que tu dois faire, 
est-ce que quelqu’un pourra t’instruire ? 
J’ai peur de t’instruire, toi, un prêtre !

Quand tu nous as lu les Livres saints, 
tu m’as appris à faire la paix avec mon frère. 
En effet, le jour du Grand Pardon, 
on ne recevait pas celui qui était en colère.

Dans la Bonne Nouvelle, on lit : 
« Laisse ton offrande 
et va d’abord faire la paix avec ton frère » (Mt 5, 24).

Oui, si quelqu’un est en colère, 
et s’il fait la paix avec son frère, 
ensuite il peut facilement présenter son offrande à Dieu.

Mais quand nous n’avons pas fait la paix, 
si nous offrons de l’encens à Dieu, notre offrande sent mauvais. 
Et si celui qui offre l’encens est en colère, 
il méprise la maison de Dieu.

En effet, le jour où nous demandons pardon à Dieu, 
l’encens est le signe de notre amour pour Dieu. 
C’est l’intelligence du cœur qui l’a recueilli 
dans les racines bénies de l’arbre du paradis.

Cet encens choisi 
que le prêtre présente dans le lieu très saint du Temple 
figure les pensées qui sont pures de tout mal.

Le chandelier à sept branches 
qui éclairait autrefois la Tente de la Rencontre, 
c’est l’amour du Seigneur 
qui est dans le cœur de l’homme pur.

[…]

S’il aime, le prêtre peut entrer chez Dieu. 
Mais, s’il n’aime pas, 
un simple chrétien est meilleur que lui.

Source :

La prière des Pères, Sodec-a.i.m., Bayard Éditions 1997, p. 212-217.

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 11:02

 

JacobL'amour de Jacob pour Rachel préfigure celui du Christ pour l'Église

Homélie sur Notre Seigneur et Jacob, sur l'Église et Rachel par saint Jacques de Saroug (449-521)

« Serais-tu plus grand que notre père Jacob ? »

Saint Jacques de SarougJacob se leva, il vit les troupeaux assoiffés, mais il n'avait pas assez de force pour soulever la pierre qui fermait le puits et leur donner à boire. Tandis qu'il était là, Rachel vint vers les brebis ; dès qu'il la vit, Jacob retourna la pierre pour que boive le bétail. (...)

La vue de la beauté de Rachel le rendit en quelque manière plus fort : il put soulever l'énorme pierre et abreuver le troupeau. Sur le visage de Rachel, la figure de l'Église brillait comme pierres précieuses ; et le juste Jacob, son époux, s'élança vers ce visage. (...)

Il frémit (...) dès qu'il vit l'épouse mystérieuse, plus belle que ses compagnes. Tout le bétail put
boire l'eau du puits grâce à Rachel, grâce à sa beauté, à son amour et à son charme.

Ne pense pas, mon fils, qu'il y eut en Jacob passion charnelle, car, même en embrassant Rachel, il pleura en grande affliction. S'il avait éprouvé passion des sens, il n'aurait pas versé de larmes, puisque la passion, par sa flamme, engendre l'allégresse. Mais les pleurs résultent de souffrances et de peines, et là où il y a pleurs, il n'y a point passion charnelle. Ce n'est donc pas de passion que brûlait Jacob, mais la souffrance des mystères du Fils de Dieu le tourmentait. (...)

En Rachel qu'il épousait, il voyait le symbole de l'Église. Aussi fallait-il qu'en l'embrassant il pleurât et souffrît, afin de préfigurer par son mariage les souffrances du Fils. (...)

Mais combien plus sublime encore la route du Fils que celle de ses hérauts ! Et combien plus belles les noces de l'Époux royal que celles de ses ambassadeurs ! Jacob pleura pour Rachel en l'épousant ; Notre Seigneur, de son sang couvrit l'Église en la sauvant. Les larmes sont le symbole du sang, car ce n'est pas sans douleur qu'elles jaillissent des prunelles. Les pleurs du juste Jacob sont la figure de la grande souffrance du Fils, par laquelle fut sauvée l'Église des nations.

Viens, contemple notre Maître : il est venu de chez son Père dans le monde, il s'est anéanti pour accomplir sa route dans l'humilité. (...)

Il a vu les nations comme des troupeaux tout assoiffés, et la source de vie formée par le péché comme par une pierre ; il a vu l'Église semblable à Rachel : alors il s'élança vers elle, renversa le péché lourd comme un rocher. Il ouvrit pour son épouse le baptistère pour qu'elle s'y baignât ; il y puisa, il donna à boire aux nations de la terre, comme à ses troupeaux. De sa toute-puissance, il souleva le lourd poids des péchés ; pour le monde entier il mit à découvert la source d'eau douce. (...)

Oui, pour l'Église, Notre Seigneur se donna une grande peine. Par amour, le Fils de Dieu vendit ses souffrances, afin d'épouser, au prix de ses plaies, l'Église abandonnée. Pour elle qui adorait les idoles, il souffrit sur la croix. Pour elle, il voulut se livrer, afin qu'elle fût à lui, tout immaculée (2). Il consentit à mener paître le troupeau entier des hommes, avec le grand bâton de la croix ; il ne refusa pas de souffrir. Races, nations, tribus, foules et peuples, il accepta de les conduire tous, pour avoir à lui, en retour, l'Église, son Unique.

Saint Jacques de Saroug
Source : "Lire la Bible avec les Pères" par Sœur Isabelle de la Source Ed. Médiaspaul 1988 pp.98-99

Notes

(1) cf. Genèse chapitre XXIX, versets 1 à 14 : Jacob se mit en marche, et s'en alla au pays des fils de l'Orient. Il regarda. Et voici, il y avait un puits dans les champs ; et voici, il y avait à côté trois troupeaux de brebis qui se reposaient, car c'était à ce puits qu'on abreuvait les troupeaux. Et la pierre sur l'ouverture du puits était grande. Tous les troupeaux se rassemblaient là ; on roulait la pierre de dessus l'ouverture du puits, on abreuvait les troupeaux, et l'on remettait la pierre à sa place sur l'ouverture du puits. Jacob dit aux bergers : Mes frères, d'où êtes-vous ? Ils répondirent : Nous sommes de Charan. Il leur dit : Connaissez-vous Laban, fils de Nachor ? Ils répondirent : Nous le connaissons. Il leur dit : Est-il en bonne santé ? Ils répondirent : Il est en bonne santé ; et voici Rachel, sa fille, qui vient avec le troupeau. Il dit : Voici, il est encore grand jour, et il n'est pas temps de rassembler les troupeaux ; abreuvez les brebis, puis allez, et faites-les paître. Ils répondirent : Nous ne le pouvons pas, jusqu'à ce que tous les troupeaux soient rassemblés ; c'est alors qu'on roule la pierre de dessus l'ouverture du puits, et qu'on abreuve les brebis. Comme il leur parlait encore, survint Rachel avec le troupeau de son père ; car elle était bergère. Lorsque Jacob vit Rachel, fille de Laban, frère de sa mère, et le troupeau de Laban, frère de sa mère, il s'approcha, roula la pierre de dessus l'ouverture du puits, et abreuva le troupeau de Laban, frère de sa mère. Et Jacob baisa Rachel, il éleva la voix et pleura. Jacob apprit à Rachel qu'il était parent de son père, qu'il était fils de Rebecca. Et elle courut l'annoncer à son père. Dès que Laban eut entendu parler de Jacob, fils de sa sœur, il courut au-devant de lui, il l'embrassa et le baisa, et il le fit venir dans sa maison. Jacob raconta à Laban toutes ces choses. Et Laban lui dit : Certainement, tu es mon os et ma chair. Jacob demeura un mois chez Laban.

(2) cf. Lettre de saint Paul aux Éphésiens chapitre V versets 25 à 27 : Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier par la parole, après l'avoir purifiée par le baptême d'eau, afin de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible.

Saint Jacques de SarougSAINT JACQUES DE SAROUG (449-521)

Né vers 449 à Kourtan sur l'Euphrate en Mésopotamie, mort en 521. Moine, prêtre, puis en 519 évêque de Batna, appelée Saroug après la conquête musulmane, Jacques est un écrivain de langue syriaque, qui a fait ses études à l'école d'Edesse.

Il se tient à l'écart des querelles doctrinales qui déchirent l'Église à la suite du concile de Chalcédoine (451), pour se consacrer entièrement à la formation de son peuple moines et gens simples. On a de lui un grand nombre d'homélies en vers qui étaient utilisées dans la liturgie.

(Source:http://www.crypte.fr/homelies/jacob-rachel-saroug.html)

 

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 00:45

Par  (v. 335-395), moine et évêque . Homélie 6 sur les Béatitudes ; PG 44, 1269 (trad. bréviaire 12e sam. rev.) 

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« Dieu, crée pour moi un cœur pur » (Ps 51,12)


Si, par un effort de vie parfaite, tu nettoies les scories de ton cœur, la beauté divine brillera de nouveau en toi.

C'est ce qui arrive avec un morceau de métal, lorsque la meule le débarrasse de sa rouille.

Auparavant il était noirci, et maintenant il brille et rayonne au soleil.

De même l'homme intérieur, ce que le Seigneur appelle « le cœur », lorsqu'on aura enlevé les taches de rouille qui altéraient et détérioraient sa beauté, retrouvera la ressemblance de son modèle (Gn 1,27), et il sera bon. Car ce qui devient semblable à la Bonté est nécessairement bon... 


Et ainsi celui qui a le cœur pur devient heureux (Mt 5,8) parce que, en redécouvrant sa pureté, il découvre, à travers cette image, son origine.

Ceux qui voient le soleil dans un miroir, même s'ils ne fixent pas le ciel, voient le soleil dans la lumière du miroir aussi bien que s'ils regardaient directement le disque solaire.

De même vous, qui êtes trop faibles pour saisir la lumière, si vous vous tournez vers la grâce de l'image placée en vous dès le commencement, vous trouvez en vous-mêmes ce que vous recherchez. 


En effet, la pureté, la paix de l'âme, l'éloignement de tout mal, voilà la divinité.

Si tu possèdes tout cela, tu possèdes certainement Dieu.

Si ton cœur est dégagé de toute inconduite, libre de toute passion, pur de toute souillure, tu es heureux, car ton regard est clair.

 

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 00:43
"VEILLEZ ET PRIEZ"
La garde spirituelle.
(St Jean MAXIMOVITCH)
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Tenez ferme votre garde spirituelle, parce que vous ne savez pas quand le Seigneur vous appellera vers Lui. Dans votre vie terrestre, soyez prêts à tout moment à lui rendre compte. Méfiez-vous que l'ennemi ne vous prenne dans ses filets, qu'il ne vous trompe en vous faisant tomber dans la tentation. Examinez chaque jour votre conscience, essayez de purifier vos pensées, vos intentions.

Il y avait un roi qui avait un mauvais fils. N'ayant plus d'espoir qu'il changerait pour le mieux, le père condamna son fils à mort. Il lui donna un mois pour se préparer. Et tandis que le mois passait, le père convoqua le fils. À sa grande surprise, il vit que le jeune homme avait sensiblement changé: son visage était maigre et fatigué, et son corps tout entier était comme s'il avait souffert.

"Comment se fait-il qu'une telle transformation soit venue sur toi, mon fils?" demanda le père. "Mon père et mon seigneur, répondit le fils, comment aurais-je pu ne pas changer, lorsque chaque jour qui passait me rapprochait de la mort?" "Bien, mon fils, dit le roi. «Depuis que tu as de toute évidence repris tes esprits, je te pardonne. Toutefois, il faut entretenir cette disposition de l'âme vigilante pour le reste de ta vie." "Père, répondit le fils," c'est impossible. Comment puis-je résister aux innombrables séductions et tentations?

Alors le roi ordonna qu'un vase rempli d'huile soit apporté, et il dit à son fils: "Prends ce vase et porte-le le long de toutes les rues de la ville. Te suivant, il y aura deux soldats avec des épées tranchantes. Si tu en verses une seule goutte, ils te couperont la tête". Le fils obéit.

A pas légers et prudents, il marcha le long des rues, les soldats l'accompagnant, et il n'en a pas répandu une seule goutte. Quand il revint au château, le père demanda: «Mon fils, qu'as-tu vu lorsque tu marchais à travers la ville?" Le fils a répondu: "Je n'ai rien vu." "Que veux-tu dire,« rien »?" dit le roi. "Aujourd'hui est un jour de fête, tu as dû voir les étals de toutes sortes de bibelots, de nombreux attelages, personnages, animaux ..." "Je n'ai pas remarqué tout cela, dit le fils. "Toute mon attention s'est focalisée sur l'huile dans le vase. J'avais peur d'en verser une goutte et de perdre ainsi ma vie."

"Très bien, mon fils, dit le roi. "Garde cette leçon à l'esprit pour le reste de ta vie. Sois aussi vigilant pour ton âme que tu le fusaujourd'hui avec l'huile dans le vase. Éloigne tes pensées de ce qui sera bientôt passé, et garde-les concentrées sur ce qui est éternel. Tu seras suivi non par des soldats armés, mais par la mort dont nous nous rapprochons tous les jours. Veille à bien garder ton âme de toutes les tentations ruineuses". Le fils obéit à son père, et il vécut heureux. Veillez, demeurez fermes dans la foi, soyez des hommes, soyez forts. (I Corinthiens 16:13)

L'Apôtre donne aux chrétiens ce conseil important pour attirer leur attention sur le danger de ce monde, pour les amener à un examen fréquent de leurs cœurs, car sans celui-ci on peut facilement mener à la ruine la pureté et l'ardeur de sa foi et de manière imperceptible aller du côté du mal et de l'incrédulité.

De même qu'une préoccupation fondamentale est d'être attentif à tout ce qui pourrait être nocif pour notre santé physique, ainsi nos préoccupations spirituelles devraient se méfier de tout ce qui pourrait nuire à notre vie spirituelle et aux œuvres de la foi et du salut.

Par conséquent, évaluez soigneusement et attentivement vos pulsions intérieures: sont-elles de Dieu ou de l'esprit du mal?Méfiez-vous des tentations de ce monde et des gens du monde,méfiez-vous des tentations intérieures cachées qui viennent de l'esprit d'indifférence et de la négligence dans la prière, du déclin de l'amour chrétien.

Si nous tournons notre attention vers notre esprit, nous remarquons un torrent de pensées et des idées successives. Ce torrent est ininterrompu, il est court partout et en tout temps: à la maison, à l'église, au travail, quand nous lisons, quand nous conversons. Il est généralement appelé la pensée, écrit l'évêqueThéophane le Reclus, mais en fait, c'est une perturbation de l'esprit, un éparpillement, un manque de concentration et d'attention. La même chose arrive avec le coeur.

Avez-vous déjà observé la vie du cœur? Essayez, même pour un court laps de temps et voyez ce que vous trouvez. Quelque chose de désagréable se produit, et vous êtes irrité, une affliction se produit, et vous vous plaignez, vous voyez quelqu'un que vous n'aimez pas, et l'animosité monte en vous, vous rencontrez l'un de vos pairs qui vous a maintenant distancé sur l'échelle sociale, et vous commencez à l'envier, vous pensez à vos talents et capacités, et vous commencez à devenir fier... Tout cela est pourriture: la vaine gloire, le désir charnel, la gourmandise, la paresse, la méchanceté, l'un sur l'autre, ils détruisent le cœur. Et tout cela peut passer par le cœur en quelques minutes. Pour cette raison, un ascète, qui était extrêmement attentif à lui-même, avait tout à fait raison de dire que le coeur de l'homme "est rempli de serpents venimeux. Seul les cœurs des saints sont exempts de ces serpents, des passions".

Mais une telle liberté ne s'obtient que par un processus long et difficile de connaissance de soi, de travail sur soi et de vigilance envers sa vie propre intérieure, c'est à dire envers l'âme.

Soyez prudent. Soyez attentifs à votre âme! Eloignez vos pensées loin de ce qui passera bientôt et tournez-les vers ce qui est éternel. Ici, vous trouverez le bonheur que recherche votre âme, et dont votre cœur a soif.

(Source: Version Française Claude Lopez-Ginisty
d'après
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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 00:42

Saint Séverin, qui êtes-vous ?
Abbé
(+ 507)

Severin agaune 45 01 2

 

S

éverin naquit en Bourgogne, vers le milieu du Vème siècle, époque où l'arianisme régnait dans sa patrie ; mais il eut le bonheur d'être élevé dans la foi orthodoxe, garante de l'unité catholique. 

Il ne fut pas plutôt en âge de connaître les dangers du monde, qu'il  se consacra à Dieu.

Il créa ou rejoignit  une Communauté religieuse qui l'élut abbé à Agaune dans le Valais suisse.

A l'origine la ville s'appelait Tarnade, devenue Agaune au passage de Saint Ambroise qui allait à Trêves. 
C'est là que la légion thébaine de Saint Maurice fut massacrée par ordre de l'Empereur Dioclétien vers l'an 300 parce que devenue entièrement Chrétienne.

Séverin a trouvé sur place un édifice religieux abritant les reliques de Saint Maurice. Théodore, Évêque du Valais l'avait fait élevé sur un temple païen dédié aux naïades, près d'une source. L'église St Jean était née. 
Le Saint, mort en 507 ou en 508, ne verra pas la construction de son Abbaye huit ans plus tard, financée par St Sigismond, futur roi burgond.

Actuellement l'Abbaye de St Maurice d'Agaune en Valais fonctionne toujours.

 Il dirigea pendant plusieurs années avec autant de sagesse que de prudence ce Monastère de clercs (Appelés en Occident Chanoines Réguliers. Nota:Lors de la "Réforme Grégorienne", tous les Monastères de clercs furent soumis à la Règle monastique de St Augustin augmentée de deux Lettres de l'Evêque d'Hypone au Monastère des clercs ).

 

Le roi Clovis, informé qu'un grand nombre de malades recouvraient tous les jours la santé par la vertu des prières de Séverin, l'envoya chercher, en 504, pour obtenir la guérison d'une fièvre dont l'art des plus habiles médecins n'avait pu le délivrer.

Le saint partit après avoir pris congé de ses moines, auxquels il annonça qu'ils ne le reverraient plus.

 

A Nevers, il guérit Eulalius, évêque de cette ville, lequel était devenu sourd et muet.

Il rendit la santé à un lépreux qu'il rencontra aux portes de Paris.

Arrivé chez le roi, il le couvrit de son habit, et la fièvre le quitta aussitôt. Le prince, pour témoigner à Dieu sa reconnaissance, fit distribuer aux pauvres d'abondantes aumônes, et mit tous les prisonniers en liberté.

 

Séverin, jugeant que sa présence n'était plus nécessaire à Paris, reprit le chemin de son monastère.

Il s'arrêta à Chateau-Landon, qui était alors du diocèse de Sens, où deux saints prêtres servaient Dieu dans un petit oratoire. Il les pria de le recevoir avec eux, et, après les avoir édifiés par l'éclat de ses vertus, il mourut en 507.

Il y a à Paris une église paroissiale sous le vocable de saint Séverin.

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 00:39

Bienheureux Guerric d'Igny 

 (v. 1080-1157), abbé cistercien . 1er Sermon pour l’Assomption, 1-4 ; SC 202 (trad. cf SC p. 415) 

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Marie, Mère des vivants


« Venez vous que j'ai choisie, en vous j'établirai mon trône » (liturgie latine).

« Heureux ceux que vous avez choisis, Seigneur, ils habiteront en vos parvis » (Ps 65,5) ; bien plus, vous habiterez en eux, vous règnerez en eux et vous placerez en eux le trône de votre royauté.

Et, bien sûr, Marie est bienheureuse entre tous les bienheureux, elle qui a été choisie avant et plus que tous les autres saints.

Le Seigneur l'a choisie pour demeure, en disant :

-« Voici pour toujours le lieu de mon repos ; c'est ici que j'habiterai, car je l'ai voulu » (Ps 131,14).

Pendant neuf mois il a habité en elle ; pendant de nombreuses années il a habité avec elle et lui était soumis.

Maintenant, habitant en elle et avec elle pour toujours, d'une façon qui dépasse notre compréhension, il la rassasie de la gloire que voient les bienheureux.

Il lui donne extérieurement la gloire en son corps ; intérieurement, il imprime en elle la gloire du Verbe. 

Cette unique Vierge Mère, qui se glorifie d'avoir mis au monde le Fils unique du Père, étreint avec amour ce même Fils unique dans tous ses membres (Ep 5,30), et ne rougit pas d'être appelée la Mère de tous ceux en qui elle voit le Christ déjà formé ou en formation.

La première Ève a été appelée « mère de tous les vivants » (Gn 3,20), mais en réalité elle a été la mère de ceux qui meurent.

Et parce que cette première Ève n'a pas pu réaliser fidèlement ce que signifie son nom, c'est Marie qui a réalisé ce mystère.

Comme l'Église dont elle est le symbole, elle est la Mère de tous ceux qui renaissent à la vie.

Oui, elle est la Mère de la Vie qui fait vivre tous les hommes (Jn 11,25; 5,25s).

En mettant la Vie au monde, elle a fait naître d'une certaine manière à une vie nouvelle tous ceux qui devaient trouver leur vie dans cette Vie. 

C'est pourquoi cette Mère bienheureuse du Christ, se sachant Mère des chrétiens par ce mystère, se montre aussi leur Mère par sa sollicitude et sa tendre affection.

Et maintenant nous « habitons à l'abri » de la Mère « du Très-Haut », nous « demeurons sous sa protection, à l'ombre de ses ailes » (Ps 90,1; 16,8).

Plus tard, nous partagerons sa gloire et nous serons réchauffés sur son cœur, puisque le Roi de gloire a mis en elle son trône.


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