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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 16:33

Saint Boniface (675-764), moine, missionnaire de la Germanie, martyr . 

 Lettre à Cuthbert ; PL 89, 765 (trad. bréviaire 05/06) 

Saint Boniface l’apôtre des Germains

« Pourquoi avoir peur ? »


      L'Église, qui navigue comme un grand vaisseau sur la mer de ce monde, qui en cette vie est battue par les flots d'épreuves de toute sorte, l'Église ne doit pas être abandonnée, mais gouvernée.

Nous en avons l'exemple chez les premiers pères : Clément, Corneille et beaucoup d'autres à Rome, Cyprien à Carthage, Athanase à Alexandrie, qui, sous les empereurs païens, gouvernaient le navire du Christ, ou plutôt son épouse très chère, l'Église, en enseignant, en défendant la vérité, en peinant et en souffrant jusqu'à répandre leur sang. 


      En considérant ces hommes et ceux qui leur ressemblent, je suis plein d'effroi, « crainte et tremblement me pénètrent et je suis comme enveloppé par les ténèbres de mes péchés » (Ps 54,6).

Je voudrais bien abandonner entièrement le gouvernail de l'Église qui m'a été confié, si je pouvais trouver une approbation dans les exemples des Pères ou dans la Sainte Écriture. 


      Aussi, puisqu'il en est ainsi et que la vérité peut bien être harcelée mais non pas se laisser vaincre..., que notre âme accablée se réfugie auprès de celui qui dit par la bouche de Salomon : « Mets ta confiance dans le Seigneur de tout ton cœur et ne t'appuie pas sur ta propre sagesse. Dans toutes tes démarches, pense à lui, et il dirigera tes pas » (Pr 3,5-6)...

Restons fermes dans la justice et préparons nos âmes à l'épreuve, pour attendre que le Seigneur nous soutienne, et disons-lui :

-« D'âge en âge, Seigneur, tu es resté notre refuge » (Ps 89,1).

Mettons en lui notre confiance, car c'est lui qui nous a confié notre charge.

Ce que nous ne pouvons pas porter par nous-mêmes, portons-le par lui qui est tout-puissant et qui dit :

-« Mon joug est facile et mon fardeau léger » (Mt 11,30).


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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 22:19

Lumière incréée de la Divinité

19.Transfiguration

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Lorsque, par un don accordé d'En-haut, je fus jugé digne de voir la Lumière incréée de la Divinité, je reconnus avec joie dans le ciel d'azur de notre « planète bleue » un symbole du rayonnement de la gloire divine.

Ce rayonnement est partout présent ; il remplit tous les abîmes de l'univers. Pourtant, il demeure à tout jamais insaisissable, inaccessible pour la créature. Le bleu est la couleur de l'au-delà, de la transcendance. 

[...]

Lorsqu'elle se manifeste avec puissance, cette Lumière apporte l'humble amour, bannit tout doute et toute crainte, laisse loin derrière elle toutes les relations humaines établies, toute la pyramide des conditions sociales et des rangs hiérarchiques.

L'homme cesse alors, pour ainsi dire, d'être « quelqu'un » ; il ne se trouve pas sur la route de ses frères, ne brigue aucune place pour lui-même en ce monde.

Cette Lumière est en elle-même la vie incorruptible que traverse la paix de l'amour.

Elle fait connaître à notre esprit un autre Etre, qui échappe à toute description ; notre intellect s'immobilise, car il se trouve au-dessus de la pensée discursive par son entrée dans une nouvelle forme de vie.

[...]

Cette Lumière, inhérente au Père des lumières (voir Je 1, 17), nous régénère et même nous crée à nouveau. L'orientation de notre attention change radicalement : auparavant, elle était attirée vers la terre et les choses temporelles ; sous l'influence de la grâce, elle se fixe à l'intérieur et, de là, monte dans la sphère spirituelle de «l'invisible et de l'éternel» (voir2 Co4, 18).

Ce qui autrefois nous semblait important et même fondamental devient insignifiant pour notre esprit : richesse, pouvoir, gloire de ce monde et autres réalités de ce genre perdent tout leur attrait. Même la science, qui ne nous donne pas la connaissance la plus essentielle -celle de Dieu -, ainsi que les spéculations philosophiques, privées qu'elles sont de la vie authentique, n'apparaissent plus que comme des valeurs passagères.

Lorsque la Lumière - inviolable par nature et innommable - nous enveloppe et pénètre dans notre âme, nous sortons en quelque sorte du temps.

Cette Lumière, qui procède du Père, est lumière de l'amour et de la connaissance. Un amour et une connaissance particuliers qui, en fusionnant, deviennent un ; en fait, ils sont un dans l'éternité. L'amour unit dans l'Être même, avec l'Être même.

Voici que, demeurant en cet Être, nous le connaissons par notre union avec Lui - mais quant à formuler cela en paroles, il faut y renoncer.

L'amour nous attire si fort que notre esprit n'arrête son attention sur rien de ce qui nous arrive, bien qu'il vive au sein même de cette réalité.

Il n'y a aucun retour sur soi-même ; notre esprit est tout entier tendu dans un élan pour saisir l'Insaisissable, étreindre Celui que rien ne peut contenir, comprendre l'Inconce­vable - être seulement en Lui, et ne plus rien voir d'autre."

 

Père Sophrony 

La veille de Pâques, en 1924, juste après la communion, l’archimandrite Sophrony put contempler la Lumière incréée de Dieu : « Je la perçus comme une touche de l’éternité divine sur mon esprit. Douce, remplie de paix et d’amour, elle demeura avec moi pendant trois jours. Elle dissipa les ténèbres du néant qui se dressaient devant moi. Je ressuscitai et, en moi et avec moi, le monde entier était ressuscité. Le seul véritable esclavage est celui du péché. La seule véritable liberté, c’est la résurrection en Dieu ». Dans son ouvrage «Voir Dieu tel qu’il est», l’archimandrite Sophrony revient sur cette expérience.

Les Editions du Cerf - Coll. Le Sel de la Terre - 2004

 

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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 22:09

Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église . Homélies sur Matthieu, ch. 13 

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« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit »

(Jn 12,24)


       « Le Royaume des cieux est semblable à une graine de moutarde qu'un homme sème en son champ ; en poussant, il devient comme un arbre, en sorte que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur ses branches » (Mt 13,31).

Ce petit grain de semence est pour nous le symbole de Jésus Christ, qui mis en terre dans le jardin où il a été enseveli, en est ressorti peu après par sa résurrection, debout comme un grand arbre.



      On peut dire que quand il est mort, ce fut comme un petit grain de semence.

Ce fut un grain de semence par l'humiliation de sa chair, et un grand arbre par la glorification de sa majesté.

Ce fut un grain de semence lorsqu'il est apparu à nos yeux tout défiguré ; et un arbre lorsqu'il est ressuscité comme le plus beau des hommes

(Ps 44,3).



      Les branches de cet arbre mystérieux sont les saints prédicateurs de l'Évangile, dont un psaume nous marque l'étendue :

-« Leur renommée s'est répandue par tout l'univers, et leurs paroles jusqu'aux extrémités de la terre » (Ps 19,5 ; cf Rm 10,18).

Les oiseaux se reposent sur ses branches lorsque les âmes justes qui se sont élevées des attraits de la terre en s'appuyant sur les ailes de la sainteté, trouvent dans les paroles de ces prédicateurs de l'Évangile la consolation dont elles ont besoin dans les peines et les fatigues de cette vie.

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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 22:00

Par Saint Césaire d'Arles (470-543), moine et évêque . Sermon 7 ; CCL 103, 37s (trad. SC 175, p. 341s rev.) 

« Jésus passait par les villes et les villages en enseignant »

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Faites bien attention, frères très chers :

les saintes Écritures nous ont été transmises pour ainsi dire comme des lettres venues de notre patrie.

Notre patrie, en effet, c'est le paradis ; nos parents, ce sont les patriarches, les prophètes, les apôtres et les martyrs ; nos concitoyens, les anges ; notre Roi, le Christ.

Quand Adam a péché, nous avons été pour ainsi dire jetés dans l'exil de ce monde.

Mais parce que notre Roi est fidèle et miséricordieux plus qu'on ne peut le penser ou le dire, il a daigné nous envoyer, par l'intermédiaire des patriarches et des prophètes, les saintes Écritures, comme des lettres d'invitation par lesquelles il nous invitait dans notre éternelle et première patrie.

En raison de son ineffable bonté, il nous a invités à régner avec lui. 

Dans ces conditions, quelle idée se font d'eux-mêmes les serviteurs qui ne daignent pas lire les lettres qui nous invitent à la béatitude du Royaume ?

« Celui qui ignore sera ignoré » (1Co 14,38).

Certainement, celui qui néglige de chercher Dieu dans ce monde par la lecture des textes sacrés, Dieu à son tour refusera de l'admettre dans la béatitude éternelle.

Il doit craindre qu'on ne lui ferme les portes, qu'on ne le laisse dehors avec les vierges folles (Mt 25,10) et qu'il ne mérite d'entendre :

-« Je ne sais pas qui vous êtes ; je ne vous connais pas ; écartez-vous de moi, vous tous qui faites le mal ».

Celui qui veut être écouté favorablement de Dieu doit commencer par écouter Dieu.

Comment aurait-il le front de vouloir que Dieu l'écoute favorablement, s'il en fait si peu de cas qu'il néglige de lire ses préceptes ?

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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 21:50


SAINTE MARTINE, qui êtes-vous?
[Vierge et Martyre
(† 226)]


     Sainte Martine naquit à Rome de parents illustres. Son père avait été trois fois consul et s'était distingué par une foi vive et une charité ardente. Après sa mort, Martine vendit ses biens et consacra l'argent à des oeuvres de miséricorde.

L'empereur Alexandre régnait et persécutait les chrétiens. Des gens occupés à rechercher les serviteurs de Jésus-Christ trouvèrent sainte Martine en prière dans une église et l'arrêtèrent.

Comme elle ne fit aucune difficulté de les suivre, ils crurent avoir fait une conquête; mais, conduite à l'empereur, elle refusa de sacrifier aux idoles; celui-ci ne l'en fit pas moins conduire au temple d'Apollon.

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En y entrant, Martine, s'armant du signe de la Croix, pria Jésus-Christ, et à l'instant il se fit un effroyable tremblement de terre qui renversa une partie du temple et brisa l'idole.

L'empereur, irrité, commanda qu'on frappât la vierge à coups de poings et qu'on l'écorchât avec des ongles de fer; Martine souffrit avec une telle patience, que les bourreaux, lassés, furent remplacés par d'autres qu'une lumière divine renversa et convertit.

     Conduite de nouveau devant l'empereur, Martine refusa pour la seconde fois de sacrifier aux idoles; Alexandre la fit attacher à quatre pieux et fouetter si cruellement et si longtemps que les bourreaux s'arrêtèrent de fatigue.

Martine fut reconduite en prison, et on versa dans ses plaies de l'huile bouillante; mais des Anges vinrent la fortifier et la consoler.

Le lendemain, la vierge fut conduite au temple de Diane que le démon quitta aussitôt avec des hurlements horribles; en même temps la foudre renversait et brûlait une partie du temple avec ses prêtres.

L'empereur, effrayé, laissa Martine aux mains du président Justin qui la fit si cruellement déchirer avec des peignes de fer, qu´il la crut morte; mais s'apercevant qu'il se trompait:

-"Martine, lui dit-il, ne veux-tu pas sacrifier aux dieux et te préserver des supplices qui te sont préparés?

–" J'ai mon Seigneur Jésus-Christ qui me fortifie, et je ne sacrifierai pas à vos démons."

Le président, furieux, commanda de la reconduire en prison.

     L'empereur, informé de ce qui s'était passé, ordonna que Martine fût menée dans l'amphithéâtre afin d'y être exposée aux bêtes; mais un lion, qu'on lâcha pour la dévorer, vint se coucher à ses pieds et lécha ses plaies; mais comme on le ramenait à son antre, il se jeta sur un conseiller d'Alexandre et le dévora.

Ramenée en sa prison, Martine fut encore une fois conduite au temple de Diane, et comme elle refusait toujours de sacrifier, on déchira de nouveau son pauvre corps dont on voyait tous les os.

"Martine, lui dit un des bourreaux, reconnais Diane pour déesse, et tu seras délivrée."

– "Je suis chrétienne et je confesse Jésus-Christ."

 Sur ces paroles, on la jeta dans un grand feu, mais le vent et la pluie, qui survinrent à l'instant, dispersèrent le bûcher et brûlèrent les spectateurs.

On retint la Sainte trois jours durant dans le temple, après toutefois qu'on lui eût fait couper les cheveux.

L'empereur la croyait magicienne et s'imaginait que sa force résidait dans sa chevelure. Elle fut tout ce temps sans rien prendre, chantant continuellement les louanges de Dieu.

Ne sachant plus que faire, Alexandre lui fit couper la tête.

Le corps de Martine demeura plusieurs jours exposé sur la place publique, défendu par deux aigles qui restèrent jusqu'au moment où un nommé Ritorius put lui donner une honorable sépulture.


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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 21:23
A PROPOS DE  LA CONFESSION
vierge au manteau

La confession est certainement pour chaque prêtre consciencieux l'un des aspects les plus délicats et les plus difficiles de son ministère pastoral.

Il y trouve d'une part le seul véritable objet de son activité pastorale : l'âme de l'homme pécheur, mais qui se tient devant Dieu. Mais d'autre part il acquiert la conviction que le Christianisme d'aujourd'hui est devenu purement nominal.

Les concepts les plus élémentaires pour un Chrétien, de péché et de repentir, de réconciliation avec Dieu et de naissance à la vie nouvelle semblent s'être vidés de leur sens.

Ces mots continuent d'être employés, mais leur contenu est loin du sens sur lequel est fondée notre foi chrétienne.


Une autre source de difficultés est l'incompréhension pour la majorité des Orthodoxes, de l'essence même du sacrement de pénitence.

En pratique, nous trouvons deux approches opposées de ce sacrement : l'une juridique et formelle, l'autre psychologique.


Dans le premier cas, la confession est comprise comme une simple énumération des infractions à la loi, après quoi est donnée l'absolution des péchés et la personne est admise à la communion.

La confession est alors réduite au minimum et dans certaines églises (en Amérique) elle est même remplacée par une formule générale que le pénitent lit dans un texte imprimé.

Cette optique met l'accent sur le pouvoir du prêtre d'absoudre et remettre les péchés et cette absolution est considérée comme valable "en elle-même" quel que soit l'état de l'âme du pénitent.

Si dans cet aspect des choses nous avons affaire à une tendance "latinisante", l'autre approche peut se définir comme "protestante".

La confession devient alors une conversation d'où doit venir une aide, la solution des "problèmes" et des "questions".

C'est un dialogue, mais pas le dialogue de l'homme avec Dieu, non : le dialogue de l'homme avec un conseiller réputé sage et expérimenté, disposant d'une panoplie de réponses toutes prêtes à toutes les questions de l'homme...

Dans ces deux approches, on observe à l'évidence un obscurcissement et une déformation de la vraie manière orthodoxe de comprendre la sacrement ode la confession.


Cette déformation a plusieurs raisons. Et sans avoir la possibilité de les énumérer toutes, ni même esquisser brièvement l'histoire très compliquée du développement dans l'Eglise du sacrement de pénitence, quelques remarques préliminaires s'imposent, avant de tenter d'indiquer une solution possible au problème que pose la confession.

A l'origine, le sacrement de pénitence était compris comme la réconciliation et la réunion à l'Eglise des excommuniés, c'est-à-dire des chrétiens exclus de l'assemblée (ecclesia) du Peuple de Dieu, de l'Eucharistie comme sacrement de l'assemblée, comme participation au Corps et au Sang du Christ.

L'excommunié, c'est celui qui ne peut pas participer à l'oblation, et qui pour cette raison ne participe pas non plus à la "koinonia", à la communauté, à la communion.

Et la réconciliation avec l'Eglise de l'excommunié était un long processus qui se terminait par la rémission des péchés, attestant le repentir, la condamnation du pécheur de son péché, le refus de son péché, par conséquent la réunion à l'Eglise.

Le pouvoir d'absoudre et de remette les péchés n'était pas conçu comme un pouvoir en soi, indépendant du repentir.

Il était compris comme le pouvoir de témoigner du repentir accompli et par conséquent du pardon et de la réunion à l'Eglise c'est-à-dire du repentir et de son fruit : la réconciliation avec Dieu dans l'Eglise...

L'Eglise, en la personne du prêtre, atteste que le pécheur s'est repenti et que Dieu "l'a réconcilié et uni" avec l'Eglise en Jésus-Christ.

Et malgré toutes les modifications extérieures dans la pratique du sacrement de pénitence, c'est bien de cette façon originelle de comprendre le sacrement qui reste le point de départ pour l'explication orthodoxe du sacrement.


Mais cela n'exclut pas le fait que, et cela depuis le début, le ministère pastoral dans l'Eglise incluait obligatoirement le SOUCI DES AMES, c'est-à-dire la direction de la vie spirituelle des hommes et l'aide dans la lutte contre le péché et le mal.

Mais au début, pourtant, ce souci des âmes n'avait pas de rapport direct avec le sacrement de pénitence. Et ce n'est que sous l'influence du monachisme dont la théorie et la pratique de la guidance spirituelle était fortement développée que le souci des âmes s'est inséré progressivement dans la confession.

Et la sécularisation toujours croissante, la laïcisation de la société ecclésiale ont fait de la confession pratiquement la seule forme de guidance spirituelle.

Après la conversion de l'empereur Constantin, l'Eglise a cessé d'être une minorité de fidèles héroïques et s'est presque entièrement fondue dans le monde (d'où le "laïc" en grec "laïkos" qui est l'homme vivant dans le monde le peuple (laos).

Cette Eglise s'est trouvée confrontée à une masse de chrétiens de nom et le changement radical dans la pratique eucharistique de la communion générale comme manifestation de l'unité du peuple de Dieu à la communion plus ou moins fréquente et "privée" a entraîné la métamorphose de la façon de comprendre la pénitence.

De sacrement de réconciliation des excommuniés de l'Eglise, elle est devenue le sacrement régulier des membres de l'Eglise. Et les théologiens se sont mis à souligner non plus l'aspect pénitentiel comme voie du retour à l'Eglise, mais la rémission des péchés comme pouvoir de l'Eglise...


Mais l'évolution du sacrement de pénitence ne s'est pas arrêtée là.

La laïcisation de la société chrétienne signifiait avant tout qu'elle adoptait des façons de voir humanistes et pragmatiques qui ont considérablement obscurci la façon chrétienne de comprendre le péché et le repentir.

La compréhension du péché comme rupture avec Dieu et avec la seule vie véritable - avec Lui et en Lui - a été obscurcie par un légalisme moraliste et ritualiste dans lequel le péché a été ressenti comme une infraction formelle à la loi.

Mais dans une société auto-satisfaite et qui idolâtre l'homme, avec son étiquette de "convenances" et de "succès", même cette loi s'est peu à peu transformée. Elle a cessé d'être la norme absolue et s'est réduite à un code généralement admis et relatif de règles morales.


Si dans les premiers siècles le chrétien avait toujours conscience d'être un pécheur pardonné et conduit, sans aucun mérite de sa part, dans le Palais de l'Epoux, ayant reçu une vie nouvelle et devenu participant du Royaume de Dieu, le chrétien actuel, puisqu'aux yeux de la société il était "une personne honorable", a perdu peu à peu cette conscience.


Sa vision des choses exclut les notions mêmes de vie ANCIENNE et de vie NOUVELLE. Bien sur, il fait de temps à autre des "mauvaises actions" mais c'est "naturel" dans la vie, et cela n'entame en rien son autosatisfaction...

La société dans laquelle nous vivons, la presse, la radio, etc, nous dit à longueur de journée que nous sommes intelligents, beaux, gentils et que nous vivons dans la meilleure des sociétés possibles et les "chrétiens", hélas, prennent cela au sérieux, prennent cela pour argent comptant...


La laïcisation a fini par gagner aussi le clergé. On a fini par comprendre le prêtre comme une sorte de serviteur de ses paroissiens, au service de leurs besoins spirituels. Et la paroisse tout entière, comme organisation, veut que le prêtre soit le miroir dans lequel les gens peuvent contempler leur propre perfection.

Est-ce que le prêtre ne doit pas tout le temps remercier quelqu'un et faire l'éloge des efforts, du soutien matériel et de la générosité ?

Les péchés sont cachés dans le "secret de la confession" rigoureux et intime, tandis qu'à la surface tout va très bien.

Et voilà cet esprit d'autosatisfaction, d'apaisement moral, qui pénètre notre vie ecclésiale de part en part.

Le succès de l'Eglise se mesure à son succès matériel, à sa fréquentation, à la quantité d'organisations paroissiales et para-ecclésiales.

Mais dans tout cela, où y a-t-il place pour la repentance ?

Elle aussi est presque absente de l'organisation même de la prédication et de l'activité de l'Eglise.

Le prêtre appelle ses paroissiens à plus d'ardeur, à des "succès" de plus en plus grands, à l'observation des règles et des coutumes, mais lui-même ne perçoit déjà plus le monde "comme" la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l'orgueil de la richesse (1Jn 2, 16) ; mais il ne croit pas lui-même que l'Eglise est vraiment le salut pour les brebis perdues, et non une institution religieuse pour la satisfaction modérée des "besoins spirituels" modérés des "membres actifs de la paroisse"...

Dans pareilles conditions spirituelles, dans une situation aussi pseudo-chrétienne, la confession ne peut naturellement être rien d'autre que ce qu'elle est devenue : ou bien l'un des devoirs religieux" qu'il faut accomplir x fois dans l'année pour être en règle avec une norme canonique abstraite, ou bien un entretien avec le prêtre, pour "discuter" de telle ou telle "difficulté" (difficulté, justement, et non péché, parce qu'une difficulté conscientisée comme un péché cesse par là-même d'être une difficulté...), qui reste d'habitude entière parce que sa seule solution serait justement d'accepter la doctrine chrétienne du péché et du pardon.

Est-il possible de rétablir la compréhension et la pratique orthodoxe de la confession ? Oui, si nous avons le courage de commencer à la rétablir en profondeur et non en surface.


Et ici le point de départ, comme dans toute vie ecclésiale, doit être la prédication, l'enseignement.

D'un certain point de vue, toute la doctrine de l'Eglise est un seul appel à la repentance au sens le plus profond de ce mot : c'est-à-dire une nouvelle naissance, à une réévaluation de toutes les valeurs, à une nouvelle vision et à une nouvelle compréhension de toute la vie à la lumière du Christ.

Et il n'est pas nécessaire de prêcher tout le temps sur le péché, de juger et de condamner, car c'est seulement quand l'homme entend l'appel authentique et le contenu de la Bonne Nouvelle, quand commence à s'ouvrir, la profondeur divine, la sagesse et la portée totale de cette Nouvelle, ce n'est qu'alors que l'homme devient capable de repentir.

Le véritable repentir chrétien, c'est avant tout de ressentir l'abîme qui le sépare de Dieu et de tout ce que Dieu a donné et révélé à l'homme, de la vie véritable.

Ce n'est qu'en voyant le Palais de Dieu, tout orné, que l'homme comprend qu'il n'a pas la robe nuptiale pour y entrer...

Notre prédication est trop souvent comme un impératif abstrait : il faut faire ceci, il ne faut pas faire cela ; mais une énumération de prescriptions et d'ordres n'est pas une prédication.

La prédication est toujours une découverte, au début du sens positif et de la lumière de l'enseignement du Christ et uniquement par rapport à Lui des ténèbres et du mal du péché.

Seul le sens rend la prescription, la règle, le commandement convaincant et vivifiant. Mais la prédication doit inclure évidemment, une critique en profondeur du sécularisme dans lequel nous vivons, des idées dont, inconsciemment, nous nous imprégnons et nous vivons.

Les Chrétiens sont appelés à lutter continuellement contre des idoles qui sont si nombreuses aujourd'hui : "matérialisme", "chance", "succès", etc.

Car encore une fois, ce n'est qu'en replaçant le monde à sa juste place, profondément, chrétiennement, le monde, la vie et la culture, que le concept de péché prend son vrai sens comme avant tout une déviation de tout le courant de la conscience, de l'amour, des intérêts, des aspirations...

Comme culte des valeurs qui ne sont pas des vraies valeurs... Mais cela présuppose- que le prêtre soit lui-même libéré de l'asservissement à "ce monde" et de l'identification à lui, cela suppose qu'il mette la vérité éternelle et non des "considérations pratiques" au cœur même de son service pastoral...

La prédication et l'enseignement doivent être porteurs d'un principe prophétique, d'un appel à tout considérer et tout apprécier par les yeux du Sauveur Lui-même.


Ensuite, la confession doit être replacée dans le cadre du mystère de la pénitence (metanoïa) ; chaque sacrement comprend au moins trois moments constitutifs : la préparation, le rite lui-même, et enfin son "accomplissement".

Et bien que, comme on l'a dit plus haut, toute la vie et toute la prédication de l'Eglise soient en un certain sens une préparation à la repentance, un appel au repentir, l'exigence et la tradition d'une préparation toute spéciale des pénitents au sacrement n'en demeure pas moins.


Il existe depuis toujours dans l'Eglise des temps pénitentiels : les carêmes. Ce sont des périodes où la liturgie elle-même devient en quelque sorte l'école du repentir, la préparation de l'âme à la fois à voir la beauté céleste du Royaume et à s'attrister sur la distance qui nous sépare du Royaume.


Tous les offices du Grand Carême par exemple, sont tout entiers un soupir de repentance et cette radieuse tristesse dont ils brillent et nous communiquent l'image, est presque intraduisible en paroles mais pourtant si évidente et si effective, de ce qu'est et ce qu'accomplit dans notre âme le repentir véritable...


C'est pourquoi le carême est un temps où il importe de faire porter la prédication sur le sacrement de pénitence. L'ordo des lectures, des psaumes, des hymnes, des prières et des inclinations tout cela donne infiniment et toute cette prédication doit "coller" à la vie, aux gens, à ce qui s'accomplit dans leur vie en ce jour, à cette heure.

Le but est de les éveiller à une véritable atmosphère de repentance, de les obliger à se concentrer non sur un péché particulier, mais sur l'état de péché, de limitation, de pauvreté spirituelle de toute leur vie, d'inventer pour cette vie des "moteurs" intérieurs... En quoi réside leur trésor ?

Vers quoi leur cœur tend-il ? Comment considèrent-ils et quel usage font-ils du temps précieux de la vie que Dieu leur a donnée ? Pensent-ils à la fin vers laquelle ils s'acheminent irrévocablement ?

Celui qui ne serait-ce qu'une fois dans sa vie a réfléchi à toutes ces questions et qui a compris, ne serait-ce qu'à la limite de sa conscience, que toute la vie ne peut être donnée qu'à Dieu, celui-là est déjà sur le chemin du repentir qui est déjà en soi porteur d'une force de renouveau, de conversion, de retour...

Dans cette préparation, il faut inclure une explication du rite de la confession, des prières, de l'absolution, etc…


Le rite de la confession comprend :

1) les prières avant la confession,

2) l'appel à la repentance,

3) l'aveu des fautes du pénitent et le mandement à celui-ci et

4) l'absolution.


II ne faut pas omettre les prières avant la confession. La confession n'est ni une conversation d'homme à homme ni une auto-analyse rationnelle. L'homme peut dire . "J'ai péché", sans éprouver le moindre repentir.

Et si tous les sacrements comportent une sorte de changement, dans le sacrement de pénitence s'accomplit la transformation d'un "aveu des fautes" formel et humain en un repentir chrétien, où le pénitent, par la grâce, comprend le péché dans sa vie et aussi l'amour total de Dieu pour l'homme, un amour qui englobe tout.

Ce changement ne peut s' opérer qu'avec l'aide du Saint Esprit et son "épiclèse", l'invocation du Saint Esprit pour qu'Il nous donne cette aide, et cette épiclèse, ce sont les prières avant la confession.


Ensuite, vient l'appel à la repentance. C'est la dernière exhortation.

"Voici, mon enfant, le Christ est invisiblement présent...". Mais au moment décisif où le prêtre affirme la présence du Christ, comme il est important que lui, le prêtre, ne fasse pas obstacle au pécheur !

Dans le sacrement de pénitence, le prêtre n'est pas un "procureur" non plus qu'un témoin sans voix et passif. IL EST L'IMAGE DU CHRIST, c'est-à-dire Celui Qui assume les péchés du monde, qui porte cette miséricorde et cette compassion infinie que seul le cœur de l'homme peut découvrir.

Le métropolite Antoine Khrapovitski définissait l'essence même du sacerdoce comme l'amour compatissant. Et la pénitence est le sacrement de réconciliation et d'amour, et non de "jugement" et de condamnation.

C'est pourquoi la meilleure forme d'appel à la repentance sera que le prêtre, s'identifie lui-même avec le pénitent : "Nous avons tous péché devant Dieu...".


La confession elle-même peut bien sur prendre diverses formes. Mais comme le pénitent ne sait souvent pas comment commencer, le prêtre a le devoir de l'aider : c'est pourquoi la forme du dialogue est la plus commode et la plus naturelle.

Et bien que tous les péchés se réduisent en fin de compte à un seul : l'absence d'un véritable amour de Dieu, de foi et d'espérance en Lui, on peut partager la confession en trois grandes" régions du péché".


Notre attitude envers Dieu : les questions sur la foi elle-même, ses faiblesses, les doutes et les altérations, la prière, le jeune, les offices.

Trop souvent la confession se réduit à une énumération d'actes immoraux et on oublie que la racine de tous les péchés est justement là : dans le domaine de la foi et de la relation vivante et personnelle à Dieu.


L'attitude envers le prochain : l'égoïsme et l'égocentrisme, l'indifférence envers le gens, l'absence d'amour, d'intérêt, d'attention, la cruauté, l'envie, les racontars...

Dans ce domaine tous les péchés doivent être effectivement "individualisés" pour que le pécheur sente et voie dans l'autre, dans celui contre qui il a péché, un frère, et qu'il voie dans son propre péché une atteinte à "l'union dans l'amour" et la fraternité...


L'attitude envers soi-même : les péchés et séductions de la chair, contraire à l'idéal chrétien de pureté et d'intégrité, le respect du corps comme temple du Saint Esprit, scellé et sanctifié dans l'onction chrismale.

L'absence de désir et d'effort pour "approfondir" sa vie , les divertissements bon marché, la boisson, l'irresponsabilité dans l'accomplissement de son devoir dans la vie les dissensions familiales...

Nous ne devons pas oublier que le plus souvent nous avons affaire à des gens qui ne savent pas ce que c'est que s'éprouver soi-même et sa conscience, et dont toute la vie est déterminée par des idées et des habitudes dictées par le conformisme et donc privées de repentir authentique.

Le but du confesseur est de détruire cette auto-satisfaction bourgeoise et superficielle, de placer l'homme en face de la sainteté et de la grandeur du dessein de Dieu sur lui, d'éveiller en lui la conscience que toute la vie est une lutte et un combat...

Le christianisme est la "voie étroite" et l'acceptation du fardeau, de l'exploit et de la peine de cette voie étroite ; sans comprendre et accepter cela il n'y a aucun espoir de christianiser notre vie ecclésiale...


Le dialogue de la confession s' achève par un mandement. Le prêtre doit appeler le pénitent à changer sa vie, à refuser le péché.

Le Seigneur ne pardonne pas, tant que le pécheur ne veut pas d'une nouvelle vie, d'une vie meilleure, ne décide pas d'entamer la lutte contre le péché et le difficile retour à "l'image de la gloire ineffable" en lui-même.


Nous savons que ce n'est pas possible en évaluent humainement, froidement nos forces avec réalisme. Mais à cet "impossible", le Christ a déjà répondu :

-"Ce qui est impossible à l'homme, est possible à Dieu..

Ce qui nous est demandé, c'est, le désir, l'effort, la décision." Le Seigneur nous aidera.


C'est alors et alors seulement que la solution est possible car en lui s'accomplit tout ce qui l'a précédé, la préparation, les efforts, la lente croissance du repentir dans l'âme.

Je le répète, selon la perspective orthodoxe il n'y a pas d'absolution pas là où il n'y a pas de repentir. Dieu ne reçoit pas l'homme qui n'est pas venu vers Lui.

Et "venir à Lui" signifie se repentir, se convertir, porter un autre jugement sur la vie et sur soi-même.

Voir dans l'absolution des péchés uniquement un pouvoir du prêtre et efficace quelles que soient les circonstances où les paroles de l'absolution sont prononcées, c'est dévier vers la magie sacramentelle, condamnée par tout l'esprit et la tradition de l'Eglise orthodoxe.


C'est pourquoi l'absolution des péchés est impossible si l'homme, premièrement, n'est pas orthodoxe, c'est-à-dire s'il nie ouvertement et consciemment les dogmes essentiels de l'Eglise et s'il persiste à vouloir demeurer dans son état évident de péché : par exemple la vie dans l'adultère, un métier déshonnête, etc… et si enfin il dissimule ses péchés ou s'il ne voit pas qu'il est dans le péché.

Père Alexdandre Schmemann  

Source: www.orthodoxa.org

 

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 17:19

Saint Sulpice Sévère, qui êtes-vous ?
(† 410)

  

Saint Sulpice-Sévère (Sulpicius Severus), né en Aquitaine vers 363 et décédé au cours du premier quart du ve siècle, est un historien et un ecclésiastique de langue latine.

 Né à Agen, saint Sulpice Sévère se fit avocat  avant de tout quitter pour se mettre au service de Dieu.Les détails de sa vie nous sont principalement connus par sa correspondance avec Paulin de Nole et Gennadius de Marseille.

Il suivit d'abord la carrière du barreau, devint avocat à Bordeaux, séjourna à Toulouse et à Elusa, près de Carcassonne.

Après la mort de sa femme, vers 392, il se retira, en ascète, aux environs de Biterrae (Béziers) ; vers 409, il aurait vécu dans un couvent de Marseille. Gennadius donne à entendre qu'il a été ordonné prêtre et qu'il fut disciple de saint Martin de Tours, dont il rédige une hagiographie, la Vita Sancti Martini (Vie de saint Martin). Il serait mort en 410 ou en 429.

Il est parfois fêté le 29 janvier.

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 17:17

MARIE, EDUCATRICE DES ÂMES

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Nous savons par expérience combien il est difficile de dire constamment et quoiqu’il en coûte, ce libre oui d’amour que Dieu réclame de nous. Et c’est une des raisons pour lesquelles nous avons fait notre Consécration à Marie, voulant être pour Elle, par Elle et en Elle «esclaves d’amour» de Jésus.

Dans la lumière de l’Esprit-Saint, il nous a été donné de comprendre, en effet, que Marie en sa qualité d’Educatrice des âmes, détient un secret de grâce pour nous faire dire ce oui dont nous sommes par nous-mêmes incapables à cause de notre faiblesse.

Mais un tel résultat ne peut être atteint que dans la mesure où, renonçant à notre volonté propre, nous nous laissons faire par Elle.

Une maman ne peut pas faire grand-chose de l’enfant qui se débat dans ses bras parce qu’il veut agir par lui-même, par contre elle fait tout ce qu’elle veut du tout petit qui se tient immobile entre ses bras, entièrement confiant et abandonné à elle.

C’est cette dernière attitude d’humble petitesse et de docilité (appelée enfance spirituelle) que Marie, notre Mère à la fois si douce et si exigeante, attend de nous.

Abbé Pierre Cousty

 

mere_de_dieu.jpgLe nom de la Vierge était Marie, qui signifie étoile de la mer. (...)

 

Elle est cette brillante et merveilleuse étoile qui domine heureusement notre mer immense, étincelante de mérites, éclatante de vertus.

 

O vous donc, qui flottez sur le courant de ce siècle parmi les orages et les tempêtes, plutôt que vous ne marchez sur la terre, tenez vos yeux fixés sur cette étoile, si vous ne voulez pas sombrer sous les flots.

 

Êtes-vous assailli par les vents des tentations, précipité sur les écueils des tribulations : regardez l'étoile, appelez Marie.

 

Êtes-vous ballotté par les flots de l'orgueil, de l'ambition, de la médisance ou de l'envie regardez l'étoile, appelez Marie.

 

Si la colère, l'avarice ou les sollicitations de la chair agitent la nacelle de votre âme, regardez Marie. Si, troublé par l'énormité de vos crimes, confus de la laideur de votre conscience, effrayé de l'horreur du jugement vous vous sentez descendre dans le gouffre de la tristesse, dans l'abîme du désespoir: pensez à Marie.

 

Dans les périls, dans les angoisses, dans les perplexités, pensez à Marie, invoquez Marie. Ayez-La toujours sur les lèvres, toujours dans le coeur : et pour obtenir le suffrage de sa prière, ne manquez pas de suivre l'exemple de sa vie.

 

Tant qu'on La suit, on ne dévie pas ; tant qu'on La prie, on ne désespère pas ; tant qu'on pense à Elle, on n'erre pas.

 

Avec son appui on ne peut choir ; sous sa protection, on ne craint rien ; sous sa conduite, on ne se lasse pas ; avec sa faveur on arrive ; et ainsi on éprouve en soi-même la vérité de cette parole : le nom de la Vierge était Marie.

 

(Homilia il, n' l 7 de Saint Bernard)

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 17:14

Saint Aphraate, qui êtes-vous? 

[le Sage persananachorète]

 

Fils de persans convertis, il affermit beaucoup de chrétiens dans la foi en la divinité du Verbe.


Il avait établi son ermitage d'abord près d'Edesse en Mésopotamie, puis sur les bords de l'Oronte à Antioche.


Son austérité et ses dons prophétiques imposèrent le respect aux représentants de l'empereur. Ce pourquoi il ne fut jamais persécuté.

Etranger aux controverses christologiques qui tenaillaient l’Occident, Aphraate vécut en disciple des Écritures, selon sa propre définition, et eut soin de transmettre par écrit ses enseignements sur la vie spirituelle et sur le rapport entre christianisme et judaïsme dans ses Démonstrations, l’unique oeuvre qui nous soit parvenue de lui.

 

De ces pages d’Aphraate, écrites selon un style sapientiel, on sent poindre le goût pour la beauté et la douceur spirituelles, qui sera la caractéristique du christianisme syriaque.


Un texte de Saint Aphraate tiré des Exposés, n° 1 (trad. SC 349, p. 210 rev.)

« Les fondations, personne ne peut en poser d’autres que celles qui existent déjà :

-ces fondations, c’est Jésus Christ » (1Co 3,11)

Un roi ne demeure pas dans une maison qui est vide de tous biens ; il n’y habite pas.

Mais toute une ornementation de maison est demandée par le roi, en sorte qu’il ne manque rien…

Ainsi en est-il de l’homme qui est devenu une maison d’habitation pour le Christ-Messie :

-il pourvoit à ce qui convient au service du Messie qui habite en lui, aux choses qui lui plaisent.

En effet, il construit d’abord son édifice sur la pierre, c’est-à-dire le Messie lui-même.

Sur cette pierre est posée la foi, et sur la foi s’élève tout l’édifice. Pour que la maison devienne sa demeure, on lui demande le jeûne pur, établi sur la foi.

On lui demande la prière pure, reçue dans la foi. Il lui faut l’amour, monté sur la foi.

Il lui faut aussi les aumônes, données avec foi. Qu’il demande l’humilité, aimée avec foi.

Qu’il choisisse pour lui la virginité, chérie dans la foi. Qu’il amène chez lui la sainteté, plantée sur la foi.

Qu’il médite aussi la sagesse, trouvée dans la foi. Qu’il demande aussi pour lui la condition d’étranger, profitable dans la foi.

Il lui faudra la simplicité, mêlée à la foi.

Qu’il demande encore la patience, qui est accomplie par la foi.

Qu’il se rende perspicace par la douceur, qui est acquise par la foi. Qu’il aime la pénitence, qui apparaît à la foi.

Qu’il demande aussi la pureté, gardée par la foi…

Voilà les oeuvres demandées par le roi Messie, qui habite dans les hommes qui se construisent par de telles oeuvres.

La foi en effet est composée de maintes choses et se pare de maintes couleurs, car elle est semblable à un édifice construit de matériaux multiples et son édifice s’élève jusqu’en haut…

Ainsi en est-il de notre foi :

-sa fondation est la vraie pierre, notre Seigneur Jésus le Messie… Cette fondation, c’est la base de tout l’édifice.

Si quelqu’un accède à la foi, il est posé sur le roc, c’est-à-dire notre Seigneur Jésus le Messie.

Et son édifice ne sera pas ébranlé par les flots, ni endommagé par les vents, il ne tombera pas dans les tempêtes, car cet édifice s’élève sur le roc, le vrai fondement.

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 12:48

Une forêt de croix gravées dans le désert d’Arabie saoudite (Source: "L'Orient le Jour")

CONFÉRENCE MUSÉE AUB

Au Ve siècle, dans une Arabie où les rois de Himyar accordaient leur soutien au judaïsme, une communauté chrétienne a inscrit sa marque en gravant des croix ostentatoires au cœur du désert.

 

À travers les épigraphies d'une communauté chrétienne en Arabie du Sud au Ve siècle, Frédéric Imbert a mené son auditoire non seulement aux sources du christianisme en Arabie, mais aussi aux sources mêmes de l'écriture arabe. Spécialiste d'épigraphie arabe et islamique, professeur à l'université d'Aix et membre de la mission franco-saoudienne de prospection dans l'émirat de Najrân, au sud de l'Arabie, Imbert a exposé lors d'une conférence au musée de l'Université américaine de Beyrouth, les découvertes qu'il a faites dans la zone de Jabal Kawkab (la montagne de l'Astre) dont les parois rocheuses ont révélé des inscriptions assorties de croix, mais aussi, sur des kilomètres et des kilomètres, des milliers de gravures rupestres de toutes les époques, depuis la préhistoire jusqu'à l'époque islamique.

 

Les croix de Bīr Ḥimā
Les anciennes inscriptions de la communauté chrétienne ont été découvertes en janvier 2014 au sud de Jabal Kawkab dans le secteur de Hima, dit aussi Bîr Ḥimā ou Ᾱbār Ḥimā, « appellations renvoyant à une zone de puits connus depuis la plus ancienne Antiquité ». Le site, posé sur l'ancienne voie qui reliait le Yémen à Najran sans passer par le grand désert du Rub' al-Khālî, était « une halte majeure pour l'approvisionnement en eau ». Non loin de ces puits, le conférencier a découvert des inscriptions gravées sur des rochers, « face écrite tournée vers le haut ». Son regard est attiré par « la qualité de la gravure et la typologie des caractères », ainsi que par « la taille ostentatoire » et les formes variées des croix gravées, associées systématiquement aux textes. « Il est vrai qu'elles ne sont pas les seules croix connues en Arabie du Sud et de l'Est, mais il s'agit sans doute des plus vieilles croix chrétiennes en contexte daté de 470 de notre ère », souligne Frédéric Imbert.


Pourtant, aucune trace de bâti n'a été relevée sur le site. Et l'ensemble des inscriptions, qui s'étend sur plus d'un kilomètre, ne fournit qu'une série de noms. Elles ne contiennent ni phrases construites ni textes relatant un événement. L'identification de la langue reste donc aléatoire. « Nous pensons au travers de quelques mots qu'il s'agit d'une forme tardive et peut-être locale d'araméen », indique-t-il. Quant à la lecture des noms, elle ne s'impose pas immédiatement.


À titre d'exemple, « Yawnan bar Malik(w) ne porte aucun point diacritique et il peut être aussi lu Ṯawbān, mais nous penchons plutôt pour Yawnān, comme le propose le savant onomasticien Ibn Mākūlā dans son ouvrage al-Ikmāl », explique le conférencier, précisant que dans le contexte chrétien, il s'agit de la forme ancienne de Yūnus ou Jonas. Donc on peut lire « Jonas fils de Malik ». Ensuite, se référant au calendrier de l'antéislam proposé par « Muḥammad b. al-Mustanīr, surnommé Quṭrub (m. 206/821), grammairien d'al-Baṣra », il souligne que « burak » correspond à l'actuel mois hégirien de Dhâ l-Hijja.
Quant à la date, elle correspondrait, selon le système de numération nabatéen, à l'an 470 de notre ère. Les inscriptions dateraient du règne du souverain himyarite Shuriḥbi'īl Yakkūf qui gouverna l'Arabie du Sud de 470 à 475. C'est sous son autorité qu'auraient débuté les persécutions de chrétiens. Les inscriptions révèlent d'ailleurs le nom de Marthad et celui de Rabī', inscrits sur la liste des martyrs de Najrân, dans le Livre des Himyarites.



(Pour mémoire : Hegra, la Pétra d'Arabie saoudite, dévoile ses secrets)

 

Le nabatéo-arabe : une écriture de transition
En ce qui concerne le registre de l'écriture, le spécialiste reste prudent. Selon lui, « l'inscription ressemble à de l'arabe, et nous pourrions être tentés de l'appeler « écriture arabe antéislamique » ; mais ce serait sans doute partiellement exact dans la mesure où nous ne sommes pas sûrs qu'il s'agisse purement de langue arabe, et ce serait ignorer la forme de certains caractères qui se rapprochent plus de l'écriture nabatéenne telle qu'on la connaît dans le nord de l'Arabie. C'est pourquoi il semble préférable de la qualifier d'inscription en écriture nabatéo-arabe », dit M. Imbert, ajoutant que « jusqu'à présent, on pensait que l'écriture arabe dérivait du syriaque (écriture utilisée dans les milieux chrétiens en Syrie et en Bas-Irak), mais certains demeurent convaincus qu'elle pouvait dériver du nabatéen tardif ». Le conférencier rappelle que ces dernières années, les travaux menés par la chercheuse du CNRS Orient & Méditerranée Laïla Nehmé, dans le nord de l'Arabie et autour de Madā'in Ṣālih, ont montré qu'il existait une écriture de transition, le nabatéo-arabe, dont certains caractères montrent déjà l'évolution vers les formes connues de l'écriture arabe que nous connaissons.

 

Le massacre des chrétiens
Pour comprendre le contexte dans lequel ces écrits ont été produits, Frédéric Imbert expose un petit historique de la zone, expliquant qu'à la fin du IIIe siècle après J.-C., la dynastie himyarite qui a régné durant 150 ans affirme sa neutralité entre les grands empires byzantin et perse, en faisant le choix du judaïsme.
D'autre part, le christianisme s'est répandu en Arabie à partir du IVe siècle, mais « c'est au VIe qu'il va prendre son essor dans la région du golfe Arabo-Persique, dans les régions côtières du Yémen et dans celle de Najrân. L'un des facteurs importants de sa diffusion va être l'activité missionnaire des chrétiens de l'empire perse sassanide et celle des missionnaires syriens monophysites qui sont hostiles au concile de Chalcédoine (451), et ce sont eux qui semblent exercer des responsabilités ecclésiastiques à Najrân. Deux évêques y sont d'ailleurs consacrés entre 485 et 519 ».


Mais un coup de force installe sur le trône himyarite un usurpateur qui prend le nom de Yûsuf/ Joseph appelé également Dhū Nuwās. C'est lui qui ordonnera le massacre des chrétiens de Najrân.
Ce massacre est confirmé par plusieurs sources dont le Martyre d'Aréthas, ouvrage publié dans les Monographies, et les textes épigraphiques écrits en sudarabiques par un général du roi Yūsuf Dhū Nuwās. Ce dernier évoque clairement les événements. Le Coran se fait également l'écho dans la sourate al-Burūǧ (les Constellations).


À l'appel des chrétiens survivants, relayé par l'empereur byzantin, le roi d'Ethiopie Kâleb monte une expédition militaire pour venir au secours des persécutés. Son armée renverse et met à mort Yûsuf, lequel est remplacé par un nouveau roi chrétien. L'Arabie du Sud devient un protectorat éthiopien et le restera jusqu'à la conquête de l'Islam.


D'où est venue cette communauté ?
Il est possible que cette communauté chrétienne soit venue d'Irak, plus précisément d'al-Ḥira, « ville arabe de tradition chrétienne, pôle de christianisation des rives du golfe Arabo-Persique et qui compte déjà des épiscopats et des églises. Leur orientation théologique pourrait être celle des nestoriens d'al-Hîra, mais c'est difficile à prouver », dit le conférencier, soulignant que cette communauté avait adopté une langue et une écriture (l'araméen et le nabatéo-arabe) qui ne sont pas celles du royaume de Himyar, c'est-à-dire le sudarabique et le sabéen.

 

Le plus vieux livre des Arabes
Pour conclure, Frédéric Imbert signale que tout le contexte épigraphique de Hima et de la zone du Jabal Kawkab est troublant tant cette région affiche des milliers de représentations humaines et animales, de versets, de croix, de vers de poésie, de textes en arabe, en sudarabique, en thamoudéen ou en nabatéen. « Nous travaillons sur ce que j'appelle "le plus vieux livre des Arabes", un livre écrit sur les pierres du désert par des hommes qui vécurent à l'époque où une certaine forme de monothéisme se met en place dans la douleur et l'opposition, les massacres et les guerres. Aujourd'hui, c'est une page de l'histoire des Arabes et du christianisme que nous essayons de retrouver et qu'il va falloir aller chercher au sud de l'Arabie. »

 

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