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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 17:28
 NOUS SOMMES COUPABLES DU FAIT QU’IL Y AIT DES GENS QUI NE CONNAISSENT PAS LE CHRIST (Mgr Athanasios de Limassol)

« NOUS SOMMES COUPABLES DU FAIT QU’IL Y AIT DES GENS QUI NE CONNAISSENT PAS LE CHRIST »

 

Par l'Evêque Athanasios de Limassol

 

- Monseigneur, n’avez-vous pas le sentiment que nous vivons dans des temps anormaux ? Ma question donne l’impression que je « bougonne » : on dit de tout temps qu’avant le soleil était plus brillant, l’herbe plus verte et les gens meilleurs. Néanmoins, le sentiment d’anxiété et d’inquiétude est actuellement le propre de beaucoup de gens, et non pas seulement des chrétiens.

- Je pense que nous avons pris de l’âge, nous avons vieilli, raison pour laquelle nous voyons le passé sous un jour meilleur, comme quelque chose de plus agréable que le présent. Mais toutefois, le monde se dirige indubitablement vers les derniers temps. Cependant, pour le chrétien, il n’y a pas « d’hier » ou de « demain », il n’y a que « l’aujourd’hui » qui demeure dans le mystère de l’Église, dans la Divine Liturgie, la présence de Dieu. Lorsque nous célébrons les fêtes ecclésiales, nous disons : « Aujourd’hui, le Christ est né », « aujourd’hui le Christ est baptisé », « aujourd’hui, le Christ est crucifié ». De même, nous vivons aujourd’hui le Royaume des Cieux, qui viendra à la fin. Je pense, mon cher ami, que nous devons rendre grâces à Dieu pour le Royaume des Cieux. Comme le disait l’Ancien Païssios, plus nous avons de difficultés, plus Dieu nous bénit.

- Disons que dans l’Église n’existent ni « hier », ni « demain ». Néanmoins, en dehors de l’enceinte de l’Église, des choses très étranges se produisent : les unions de même sexe sont légalisées, il est devenu possible dans certains endroits de tuer les vieillards s’ils le souhaitent ou si éventuellement d’autres « en ont assez » d’eux, et ils expriment le désir à leur place. Nous assistons à une propagande inouïe de la débauche, nous voyons comment l’iniquité se réalise sous nos yeux. N’avons-nous pas raison lorsque nous disons que notre monde diffère fortement de celui qui existait il y a cinquante ans ?

Cela nous fait de la peine que nos frères ne connaissent pas le saint Évangile et qu'ils fassent les choses que vous décrivez. Nous prions pour eux et pour le monde entier. Mais regardez : l’Église s’est toujours trouvée dans des conditions difficiles. Elle est apparue alors qu’existait l’idolâtrie. Elle a été persécutée au cours des siècles. Rappelez-vous comment était la Russie, il y a quelques décennies. Malgré tout cela, l’Église suit son chemin. Nous ne désespérons pas, mais nous rendons grâces à Dieu d’être dans l’Église, nous prions Dieu afin d’y rester. Nous prions pour les hommes qui sont hors de l’Église, afin que nos frères connaissent Dieu, car nous en sommes aussi responsables. Nous savons que le prince de ce monde est hors de l’Église, c’est le diable. Mais le Christ le vaincra, et ceux qui veulent la vérité du Christ seront éternellement avec Lui. Une grande responsabilité repose sur les gens qui se trouvent dans l’Église, à savoir de prêcher la vérité de l’Évangile aux hommes qui le souhaitent.

- Dans les années 1990, il y avait un enthousiasme spirituel colossal en Russie. Et maintenant, nous constatons clairement un refroidissement envers la foi. Et il en résulte que ceux qui devaient devenir fils du Royaume choisissent un tout autre royaume et un tout autre maître que le Christ. Comment les chrétiens peuvent-ils réchauffer leur ardeur ?

- L’abandon du Christ par les hommes est toujours une source d’affliction pour les chrétiens, mais aussi un stimulus pour manifester de l’amour envers ceux qui sont tombés. Notre attitude envers ceux qui ne croient pas en Christ doit être pénétrée d’un amour immense et d’une grande affliction. Le Christ nous dit dans l’Évangile que nos œuvres doivent être la lumière pour les hommes afin qu’ils connaissent Dieu (cf. Matth. 5,16). Nous sommes responsables du fait qu’il y ait des gens qui ne connaissent pas le Christ. Nous devons ressentir une énorme responsabilité pour les âmes de ces gens. Si nous devenons des saints, alors nous attirerons les hommes vers le Christ. Mais notre problème est précisément que la sainteté nous manque. Et ainsi, nous sommes injustes envers nos frères, qui ne voient pas de sainteté en nous et par conséquent n’avancent pas vers l’Évangile, ne s’en approchent pas. Ainsi, ce qu’il nous faut réellement, c’est la sainteté et de saintes personnes dans l’Église.

- Ma question concernait une chose quelque peu différente : par quel moyen réchauffer en soi la foi chrétienne si le « refroidissement » commence après les premières années de « néophytisme » ? Nous voyons que des tragédies se produisent même dans les familles des prêtres. L’un des prêtres que je connais a abandonné sa femme; des séminaristes, que je connais également, ont divorcé. Ce qui ne doit pas être se produit là où des choses pareilles, semble-t-il, ne peuvent tout simplement pas arriver. Sur quoi les chrétiens contemporains doivent-ils concentrer le plus leur attention, afin que cela ne se produise pas ?

- Indubitablement, notre vie sera toujours pleine d’épreuves et de tentations. Et naturellement, toutes ces épreuves seront destinées à déraciner notre amour envers Dieu. Hormis cette attitude et cette lutte que nous devons accomplir dans notre vie, il est très important pour l’homme qui veut garder la chaleur dans le cœur, d’avoir un père spirituel saint et vertueux, auquel on peut s’adresser dans les moments difficiles des épreuves. Et alors, celui-ci, avec l’aide de la grâce du Saint-Esprit nous aidera afin que l’amour envers Dieu ne disparaisse pas. Mais nous devons également nourrir notre âme, en priant et en lisant des livres spirituels. Ainsi, avec l’aide du père spirituel, nous pourrons traverser ces tribulations qui se produisent dans notre vie et autour de nous.

- Vous avez dit qu’il était bien d’avoir un père spirituel qui soit un saint homme. Mais la situation en Russie est telle que nous avons beaucoup de jeunes prêtres qui, au début, n’ont tout simplement pas d’expérience spirituelle et de dons spirituels particuliers. Comment la majorité des chrétiens doivent-ils agir, eux qui n’ont pas la possibilité d’être en contact avec des hommes de sainte vie ?

- L’Ancien Païssios disait que lorsqu’il n’y a pas d’aide de la part de l’homme, il y a alors une abondante aide de Dieu. Et bien sûr, ce que vous dites est très logique. Mais néanmoins, selon la logique de Dieu, il n’en est pas ainsi. Le Seigneur n’a ni besoin de moi, ni de qui que ce soit, même pas des Anciens Porphyre et Païssios. Le Seigneur peut accomplir Son œuvre Lui-même dans les âmes des hommes, aussi nous ne devons jamais désespérer. L’Église est le mystère de la présence, de la manifestation de Dieu dans le monde. Si quelqu’un était allé chez l’Ancien Païssios sans avoir la foi, cela n’aurait été pour lui d’aucune utilité. Et inversement : si tu vas avec foi et humilité, au nom du Christ, chez un confesseur encore jeune, tu recevras la réponse qui correspondra à la volonté de Dieu.

J’ai entendu l’histoire suivante sur le Mont Athos : le père spirituel d’un moine mourut. Alors, ce moine plaça les vêtements du père spirituel sur une poutre et dit : « Comme je n’ai pas de père spirituel, je demanderai à la poutre ». Et il agit ainsi. Et voici qu’une fois, questionnant la poutre, le moine entendit une voix : « Non, ne fais pas cela ! ». Ainsi le Seigneur agit en fonction de notre foi. Je comprends très bien ce que vous dites, mais malheur à nous si nous nous appuyons sur les hommes et non sur Dieu. Même en Grèce, tous ne connaissaient pas les Anciens Païssios et Porphyre du temps de leur vie, loin de là, or c’étaient des saints uniques. Ce qui est important, c’est que l’Église du Christ poursuive sa voie.

- Si la foi de l’homme est vive, s’il aime Dieu, alors il n’a besoin de rien d’autre que de Dieu et de Son Église. Mais si la foi et l’ardeur refroidissent et qu’apparaisse une inclination vers ce monde qui selon l’apôtre « gît dans le mal », comment peut-on alors se sauver ?

- Qu’un tel chrétien fasse ce que fit jadis l’apôtre Pierre, lorsqu’il commença à sombrer. Il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » Et le Seigneur tendit Sa main et le sauva. Le Christ est vivant ! Il est toujours près. Et celui qui s’adresse à Lui reçoit de l’aide.

- Et s’il prie, mais qu’il n’y a pas de réponse visibles aux prières, s’il semble que Dieu se tait ?

- Si l’homme attend le résultat de sa prière, il ne le verra jamais, parce que le principe même de cette prière est faux. Je ne prie pas pour voir quelque fruit ou résultat. Je prie pour que mes péchés soient pardonnés, pour que le Seigneur aie pitié de moi. Le Seigneur nous donne Son Corps et Son sang, pardonne les péchés, Il donne par l’Église la Grâce du Saint-Esprit. Aussi, il suffit pour nous de prier Dieu avec humilité et simplicité pour qu’Il nous fasse miséricorde. L’homme humble croit en Dieu et ne doute pas, il ne se demande pas si le Seigneur l’écoute ou non. Si tu veux voir les résultats de la prière, cela signifie que tu as des doutes. Et puisque le Seigneur ne veut pas nous nuire par notre orgueil, Il cache les fruits de notre prière. Il est tout-à-fait possible qu’Il nous les manifeste lorsque nous nous humilierons, lorsque nous pourrons nous rassasier des fruits de la prière, même si nous ne le comprenons pas.

Un ancien a dit à un moine qui voulait tout le temps voir les fruits de sa prière : « Tu ressembles à un homme qui a semé des graines en terre et qui creuses chaque jour pour voir si elles ont donné des racines ou non. Laisse ces graines en terre, arrose-les, prends en soin, et ensuite elle pousseront d’elles-mêmes. »

- Mais comment expliquer cette vérité aux gens qui sont loin de l’Église ? Nombreux sont ceux qui ont la même attitude envers la vie qu’envers un supermarché, où l’on peut aller et acheter quelque chose rapidement. On pose un cierge, et le Seigneur doit guérir le cancer, aider à échanger un appartement, trouver un travail, etc.

- Nous ne sommes pas les avocats de Dieu. Nous ne devons pas toujours expliquer ce que fait Dieu à l’égard de chaque homme. Nous devons apprendre aux gens à aimer Dieu avec l’amour d’un enfant, et non d’un client de supermarché. Il faut avoir confiance en Dieu, confiance dans la Providence divine. Le Seigneur parlera au cœur de chaque homme, et nous ne devons pas nous inquiéter et nous troubler de ce qu’il adviendra du monde et des hommes.

Le Christ est le Sauveur du monde. Il a été crucifié pour les hommes. Il ne sera pas injuste à l’égard de qui que ce soit. Le Seigneur s’adressera au cœur de chaque personne lorsqu’il le faudra. Si Dieu se tait, nous nous taisons aussi. Et nous devons laisser l’âme de chaque homme à la Providence divine. Il arrive parfois de vivre nombre d’afflictions, d’épreuves, d’incompréhension pour ressentir Dieu dans notre cœur. Rappelez-vous de Job ? Le Seigneur lui a permis de passer par une énorme quantité d’épreuves et ne s’est adressé à lui par des paroles que tout à la fin. Le Seigneur sait quand parler au cœur de l’homme. Nous devons avoir confiance en Dieu, confiance dans Son amour envers le monde entier. Lorsque nous voyons qu’un homme a besoin de Dieu, nous devons alors prier pour lui et le Seigneur, indubitablement, touchera son cœur.

- Mais comment l’Église doit-elle alors réaliser sa mission ? Si vous dites qu’il ne faut pas s’inquiéter de ce qu’il adviendra du monde, que le Seigneur Lui-même à un certain moment parlera au cœur de l’homme, il en résulte que ne devons pas nous soucier que les hommes ne viennent pas à l’église et ne pas nous demander quand ils y viendront. Mais néanmoins, nous devons nous-mêmes faire quelque chose afin d’amener les gens à l’Église. Quelle doit être la juste mission de l’Église ?

- Le semeur sème la graine dans le champ, et prie ensuite afin que le Seigneur la fasse croître et ne se fait pas de souci. C’est ainsi que nous aussi devons semer la graine, l’arroser, nous en occuper, mais ne pas se soucier comme elle est cultivée.

- Alors jusqu’à quelles limites pouvons-nous nous rapprocher du monde, afin de tenter d’agir sur lui ? Dans l’Église russe, il y a depuis longtemps des discussions pour savoir quelles sont les méthodes acceptables dans la mission. Les prêtres peuvent-ils, par exemple, aller aux concerts de rock, jouer au football etc ? Peut-on avec de telles méthodes, attirer les gens à l’Église ?

- Je pense que le monde n’a pas besoin que nous assistions à un concert de rock ou un match de football. Je pense que le monde a besoin que nous soyons là où il peut nous trouver – c’est-à-dire à l’église, derrière le lutrin, à la confession, prêts à une discussion spirituelle.

Les gens doivent entendre de nous la Parole de Dieu. Les gens ont besoin de notre part que nous les accueillions avec amour et bonté. Ils n’ont pas besoin de notre présence au football ou que nous allions et buvions à la discothèque. Il leur faut notre amour, notre bonté et la sainteté de notre vie.

Vous êtes venu deux années de suite en Russie à la conférence concernant le monachisme. Comme caractériseriez-vous sa situation actuelle

- Je suis très touché par le fait que S.S. le patriarche Cyrille, les archipasteurs et les pasteurs éprouvent des inquiétudes au sujet du monachisme [c’est-à-dire sur l’évolution du monachisme en Russie, ndt]. Indubitablement, il y a beaucoup de choses qu’il faut relever, auxquelles il faut prêter grande attention, il faut changer certaines choses, mais cela ne concerne pas seulement la Russie, mais même l’Athos. Chaque endroit a ses traditions, ses règles, ses hommes. Et le monachisme se manifeste et vit à cet endroit où il est, entouré des habitants du lieu. Je pense que tout va très bien. Cela ne signifie pas que j’ignore la réalité. Je vois que tout se développe de façon naturelle, je vois le désir et l’aspiration des pères et mères higoumènes de corriger certains défauts et d’apprendre quelque chose de meilleur.

- Y a-t-il un lien entre les bonnes familles chrétiennes et le bon monachisme ?

- Dans mes homélies, je dis qu’un bon moine pourrait être un bon père de famille, tandis que celui qui est un mauvais moine ferait un mauvais père de famille. Le but du chrétien, tant dans le monachisme que dans le mariage est un et même : c’est le mariage éternel avec le Christ. Et c’est à cela qu’il faut aspirer, dans le monachisme et dans la famille. Vous me demandez : peut-être, le monachisme est-il meilleur ? Mais cela, je ne puis le dire. Chaque homme doit agir de telle façon qu’il se trouve le plus à l’aise pour trouver le Christ.

- Nous entendons souvent : « Qu’est-ce que les moines peuvent bien comprendre de la vie familiale ? »

- Il faut considérer l’essence et celle-ci est la même. Dans les écrits des moines-ascètes est décrit comment l’homme dépasse son égoïsme et ses passions, comment il se délivre du vieil homme en lui-même, et ce afin d’entrer en relation avec lui-même, les autres et, ce qui est principal, avec Dieu. L’homme marié doit lire les apophtègmes [les sentences] des Pères du désert afin de savoir comment construire une bonne famille, parce que dans les apophtègmes se trouvent les réponses à de nombreux problèmes de la vie.

- Monseigneur, avez-vous, comme évêque d’un grand diocèse, recteur et père spirituel de nombreux monastères, la possibilité de confesser le peuple et, en général, de diriger spirituellement les laïcs ?

- Dans tout le monde grec, et non pas seulement à Chypre, les évêques consacrent une grande partie de leur temps à la confession de leurs ouailles. Il convient de mentionner que notre confession est différente de celle que l’on pratique en Russie. Pour autant que je le sache, la confession est chez vous assez courte, se résumant à énumérer les péchés. Chez nous, les gens sont habitués à se confesser autrement : la confession peut prendre quelques heures, parce que celui qui se confesse dit ses péchés, ses problèmes, pose des questions, c’est-à-dire qu’il évoque tout ce qui le préoccupe. Il y a quelques jours, un jeune enseignant est venu se confesser chez moi. Il est arrivé à cinq heures de l’après-midi et est reparti à six heures du matin ! Dieu merci, il était seul !

- Si donc vous confessez tant, vous connaissez la situation générale des âmes de vos fidèles. Quels sont les péchés les plus typiques pour notre époque ?

- L’une des raisons pour lesquelles je confesse personnellement est que je ne veux pas perdre le contact avec les gens, je ne veux rester dans mon bureau et être un quelconque organisateur. La confession est la méthode la plus simple de savoir à quoi pensent les gens, ce qui les préoccupe, quels sont les problèmes. Je me réjouis beaucoup lorsque les gens voient un père dans la personne de leur évêque. Je me réjouis quand je sais que les gens peuvent venir à moi à l’église, me trouver, pour raconter leurs problèmes. Je me rends dans le bureau de mon diocèse une ou deux fois par mois. Je m’y sens comme un maire, aussi je préfère me trouver à l’église et y rencontrer les gens. L’église est la place naturelle de l’évêque.

- Alors, à votre avis, quelle est la plus grande maladie spirituelle de notre temps ?

- Comprenez cela, ce n’est pas l’appellation d’un péché qui importe (« crime », « avortement », « adultère »), c’est l’essence et l’essence de n’importe quel péché, c’est que l’homme se détache de Dieu. En grec, le mot « péché » (amartia) signifie « manquer le but ». Lorsque les anciens Grecs tiraient une flèche et rataient la cible ; ils disaient « imarton », en français « j’ai péché », c’est-à-dire qu’ils avaient manqué le but. Et lorsque l’homme n’a pas le Christ dans son cœur, il fait alors les mauvais choix.

Je suis devenu confesseur et j'ai commencé à confesser alors que je vivais encore sur le Mont Athos et que j’étais très jeune. Une fois, j’ai demandé à l’Ancien Païssios quelles questions poser aux gens qui venaient chez moi. La raison en était que certains d’entre eux demandaient que je leur pose moi-même les questions, suite à quoi ils y répondraient. L’Ancien me dit alors : « Évite les questions, mais si les gens insistent, que ta première question soit celle-ci : « Aimes-tu Dieu ? Quelle est ton attitude envers Dieu ? Ensuite, demande-lui s’il aime ceux qui l’entourent, et puis alors tu connaîtras tout le reste ». Parce que le Seigneur dit Lui-même que le premier et plus grand commandement est d’aimer le Seigneur Dieu de tout son cœur (cf. Matth. 22, 37-38). Et à cela s’ajoute tout le reste.

- Vous avez mentionné l’Ancien Païssios. Probablement, certains enseignements des Anciens Païssios, Porphyre et Joseph résonnent souvent dans votre mémoire.

- Effectivement. Le Seigneur a disposé les choses de telle façon que, lorsque j’étais encore étudiant, un homme tout jeune, j’ai fait la connaissance avec beaucoup de saints contemporains. Je connaissais l’Ancien Athanase au monastère. Dans un autre monastère de Chypre, j’étais en contact avec un autre Ancien du nom d’Athanase, un homme également de grande vertu. Ensuite, à mon arrivée en Grèce, j’ai fait la connaissance de l’Ancien Éphrem [de Katounakia, sur le Mont Athos, ndt], de l’Ancien Charalampos du monastère athonite de Dionysiou, de l’ancien Éphrem qui se trouve de nos jours en Arizona, aux États-Unis, de l’Ancien Joseph du Mont Athos qui était mon père spirituel et qui m’a tonsuré.

Le Seigneur m’a rendu digne de faire la connaissance de l’Ancien Porphyre, de l’Ancien Jacques, qui a vécu en Eubée, de l’Ancien Philothée [Zervakos], de l’Ancien Sophrony d’Essex, de l’Ancien Émilien [du monastère athonite de Simonos Petras], et de nombreux autres, dont les noms ne sont pas aussi connus. De tous, j’ai entendu de nombreux enseignements et des paroles édifiantes. Et l’impression générale qui se dégageait de ces Anciens, était qu’ils étaient sains. Sains spirituellement, psychiquement et psychologiquement, par la faveur de la Grâce divine. Ils n’avaient pas quelque défaut, ce n’étaient pas les partisans des extrêmes. C’étaient des gens pondérés, pleins de discernement et délicats. Ils étaient emplis d’amour envers Dieu, d’amour envers l’homme et étaient très joyeux.

Lorsque l’on regardait l’un d’entre eux, on pensait que le Seigneur avait créé l’homme ainsi, parce qu’ils avaient gardé en eux l’image de Dieu, ils étaient semblables à leur Père, Dieu. Ils étaient tous des enfants de l’Église. Ils enseignaient qu’il fallait toujours garder le lien avec l’Église, être toujours en communion avec elle, avoir la paix dans l’âme malgré toutes les circonstances de la vie, et tout regarder à travers le Christ. Je pourrais parler beaucoup d’eux, mais il faudrait plus de temps.

- Mais tout de même, il y a eu probablement des enseignements concrets que vous avez retenus plus particulièrement. Ce que vous mentionnez le plus souvent dans vos conversations avec d’autres personnes.

- L’Ancien Païssios appelait toujours à peiner consciencieusement afin de ne pas affliger Dieu. En particulier, il disait : « Je sais que je suis digne de l’enfer, mais je ne veux pas y aller, afin de ne pas affliger le Christ ». L’Ancien Éphrem de Katounakia répétait que pour le moine, l’obéissance était tout. « L’Ancien Porphyre disait que Dieu est tout : « On peut aller partout, n’importe où avec le Christ. Et même dans l’enfer ; si c’est pour y aller avec le Christ, j’irais avec joie ». L’expérience de vie de ces saints était une et même : ils vivaient tous par le Christ. Je me rappelle que lorsque l’Ancien Joseph venait manger avec nous et que l’on lisait au réfectoire un livre spirituel : à peine avait-il entendu le mot « Christ » qu’il commençait immédiatement à pleurer et ne pouvait plus manger.

- Monseigneur, permettez-moi de vous exprimer mon immense gratitude pour cette discussion si édifiante. Pourriez-vous, en tant qu’épilogue, dire un mot à vos lecteurs en Russie ?

- Je ne puis dire et n’ai rien à dire de moi-même. Toutes ces homélies et tous ces entretiens qui sont édités par nos frères en Russie, ce pourquoi je leur suis très reconnaissant – ces paroles ne sont pas non plus de moi. Je peux seulement dire qu’il est indispensable à nous tous d’aimer le Christ. Si nous L’avons dans notre cœur, tout ira bien. Dans le cas contraire, tout ira mal.
(Traduction Bernard Le Caro que nous remercions.
Source: Pravoslovie.ru
Publié par Claude LOPEZ-GINISTY sur son blog Orthodoxologie )

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Published by Eglise Syriaque-Orthodoxe Antiochienne - dans Spiritualité Chrétienne Famille

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